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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Le codex de Leningrad

Le codex dit de Leningrad (L), lieu où il se trouve actuellement, est le plus ancien manuscrit biblique conservé dans son intégralité.

D’après son colophon, le manuscrit de Leningrad est daté de 1008-1009 de notre ère. Il aurait été rédigé à Fustat (le Caire) à partir de manuscrits de l’école de Ben Asher, la célèbre famille de Massorètes résidant dans la région de Tibériade, qui ponctuèrent le texte biblique afin de le vocaliser et de le chanter sans erreur.

Le document original aurait été corrigé, vocalisé et annoté par un certain Samuel ben Jacob, qui revendique pourtant la rédaction de la totalité du texte. Or les corrections manifestes faites à un certain nombre d’endroits du manuscrit laissent à penser que cette revendication est usurpée. Il n’aurait en réalité que corrigé et vocalisé le texte rédigé par quelqu’un d’autre.  Il semble qu’il y ait eu à cette époque une division dans le travail entre les scribes en charge de la partie consonantique et ceux chargés de la vocalisation du texte et de ses annotations. Le manuscrit, demeuré extraordinairement bien conservé après un millénaire, comporte des pages décorées. Seize pages contiennent des dessins géométriques décoratifs entrelacés de calligrammes qui éclairent l’histoire du manuscrit.

Le texte biblique rédigé en forme de livre, comme celui du codex d’Alep ou de Leningrad informe immédiatement le lecteur qu’il ne s’agit pas de textes à nature liturgique. Seuls les rouleaux, rédigés quant à eux sans ponctuation mais avec les fameuses couronnes sur certaines lettres, ont un statut à part. Ils avaient vocation à être lus à voix haute en public à la synagogue. Le plus ancien sefer torah retrouvé à ce jour est celui de l’Université de Bologne. Il est daté du XIIe siècle.

Grâce au colophon du codex de Leningrad, nous apprenons que le manuscrit aurait été vendu à la communauté caraïte de Damas en 1489. Puis le document disparaît dans les méandres de l’histoire pour refaire surface quatre cents ans plus tard entre les mains du célèbre marchand juif Abraham Firkovich, caraïte russe, qui l’acquit dans des circonstances inconnues. Le marchand se rendait apparemment souvent en Orient. Il détenait à sa mort près de 15 000 manuscrits hébreux qui furent ensuite cédés à la bibliothèque nationale Saltikov Chtechedrine de Saint-Pétersbourg en 1863.

En 1935, dans un contexte international particulièrement mouvementé, le codex fut prêté en Allemagne au séminaire d’Ancien Testament de l’université de Leipzig où il resta pendant deux ans, pendant lesquels Paul Kahle, orientaliste de formation luthérienne, supervisa sa transcription pour le texte hébraïque de l’édition de la BHK (Biblia Hebraica de Kittel) en 1937. Le codex fut plus tard à nouveau utilisé pour l’édition de la BHS (Biblia Hebraica Stuttgartensia) en 1977. Il est avec le codex d’Alep la source de référence pour tous les biblistes, universitaires et passionnés du texte hébreu.

Ci-contre : couverture du codex de Leningrad. Domaine public.

 

Ci-dessous : Dernières pages du codex. Domaine publique.