Bible, Histoire, Archéologie
Histoire,
Archéologie
Le rouleau d’Ein Guedi,
un manuscrit vieux de 2000 ans
Une belle découverte
Le manuscrit biblique d’Ein Guedi est un rouleau ancien découvert en Israël, célèbre pour avoir été « déroulé » et déchiffré numériquement sans être physiquement ouvert.
Contexte de la découverte
En 1970, lors de fouilles archéologiques dirigées par Dan Barag et Sefi Porath dans la synagogue antique d’Ein Guedi (près de la rive occidentale de la mer Morte, détruit par un incendie vers le VIe siècle après J.-C.), les archéologues ont mis au jour un fragment de rouleau carbonisé et très fragile sur l’emplacement de l’arche sainte (Aron ha-Kodesh, voir image ci-dessous).
Image ci-contre : en attendant une période plus favorable, le manuscrit découvert est soigneusement rangé. © Le Monde Juif. Image DR.
Le fragment était trop endommagé (brûlé et fragile comme du charbon) pour être déroulé physiquement sans risque de destruction totale. Il est resté ainsi conservé tel quel pendant des décennies par l’Israel Antiquities Authority (IAA).
Mosaïque de la synagogue d’Ein Guedi. En arrière plan, l’emplacement de l’arche sainte (Aron ha-Kodesh).
L’ancienne synagogue d’Ein Guedi se trouve dans la réserve du même nom dans le désert de Judée. Le site était déjà habité dans l’Antiquité. On trouve des références de cet établissement dans le Tanakh, mais les éléments découverts dans la synagogue datent de la période byzantine, du IIIe siècle, lorsque le site a été à nouveau habité après sa destruction lors de la révolte de Bar Kokhba, au VIe siècle, lorsque le site a été détruit une seconde fois et que la synagogue a été brûlée. Travail personnel © Teqoah.
Une nouvelle découverte scientifique
En 2015-2016, une nouvelle technique révolutionnaire d’imagerie numérique révèle par micro-tomodensitométrie ce qui est écrit à l’intérieur : un passage d’un texte en hébreu ancien du livre du Lévitique daté de deux mille ans environ. Cette analyse a permis aux scientifiques de lire le contenu de ce fragile fragment, fait de peau d’animal, en le “déroulant” numériquement sans avoir à l’ouvrir, et donc sans risquer de l’altérer. Selon Emmanuel Tov, de l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste des manuscrits de la mer Morte, ce texte montre un texte de 35 lignes dans chaque colonne, dont 18 étaient préservées et 17 ont été reconstituées, est identique à la version hébraïque massorète (scribes juifs) qui reste la base officielle du judaïsme et une référence des traductions modernes.
Le climat chaud et sec de la région avait permis la conservation de plusieurs fragments de papyrus, mais au moment de leur découverte, les premiers manuscrits tombèrent en poussière dès que les archéologues les touchaient. Les rouleaux préservés furent donc soigneusement mis à l’abri, et le restèrent pendant près d’un demi-siècle sans que l’on en connaisse le contenu.
De gauche à droite :
– le manuscrit “déroulé” numériquement;
– À droite de la pièce d’un euro, le manuscrit lors de sa découverte. © Or Imbar/Théo Truschel.
– À droite de l’image, la structure interne du rouleau numérisée grâce à la microtomographie à rayons X. Image © D.R.
Le déchiffrement numérique (« virtual unwrapping »)
Une équipe internationale dirigée par le professeur William Brent Seales (University of Kentucky) a réussi à lire le texte grâce à une technique révolutionnaire de « déroulement virtuel » consistant en :
Scanner micro-CT (tomographie par ordinateur à haute résolution) : le rouleau a été scanné sans contact physique significatif pour obtenir une image 3D volumétrique interne.
Segmentation des couches : des algorithmes ont identifié et séparé les différentes couches enroulées du parchemin (peau animale), même déformées par le feu.
Détection de l’encre : l’encre contenant des traces métalliques a été repérée grâce aux différences de densité dans les scans.
Texturation et aplatissement : les surfaces ont été « texturées » avec l’encre détectée, puis déroulées virtuellement et aplaties pour produire une image lisible.
Cette méthode a permis de révéler le texte sur plusieurs enroulements complets sans endommager l’artefact.
Une vue d’une cascade dans le parc national d’Ein Guedi à proximité de la mer Morte. © Tutti Frutti.
Contenu du manuscrit
Il s’agit d’un passage du Livre du Lévitique (premier chapitre, versets 1-8 environ, et une partie du chapitre 2).
C’est la plus ancienne copie connue d’un fragment d’un livre du Pentateuque (Torah) découverte dans une arche sainte de synagogue.
Datation : environ IIIe-IVe siècle après J.-C. (juste après les manuscrits de la mer Morte).
Le texte consonantique est identique à celui de la tradition massorétique (texte standard de la Bible hébraïque, comme dans le Codex de Leningrad).
Il n’y a pas de variantes significatives, ce qui confirme la fidélité de la transmission du texte biblique.
C’est une découverte majeure en paléographie et en études bibliques, car elle comble un vide entre les manuscrits de la mer Morte et les manuscrits médiévaux.
Une nouvelle technologie
Les chercheurs espèrent ainsi pouvoir utiliser cette nouvelle technologie pour analyser une centaine de documents anciens trop fragiles pour être déroulés, comme certains manuscrits de la mer Morte ou d’autres rouleaux de papyrus ensevelis lors de l’éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ.
Cette technique devrait également pouvoir s’appliquer à des domaines tels que l’étude plus générale des objets antiques ainsi qu’à la médecine légale.
Contexte de la découverte
