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Bible, Histoire, Archéologie

Bible,
Histoire,
Archéologie

Le Dôme du Rocher, appelé parfois à tort mosquée d’Omar, est un sanctuaire érigé sur ordre du calife Abd al-Malik ben Marwan à Jérusalem, sur l’esplanade de l’ancien Temple du roi Hérode.
Achevé vers 691 ou dans la seconde partie de l’année 692 de notre ère, il constitue l’un des plus anciens monuments de l’islam.
Il s’agit aussi du troisième lieu saint de l’islam après La Mecque et Médine.

Introduction

Comme cela est noté sur l’une des inscriptions en arabe qui parcourent le bâtiment, le Dôme du Rocher ou la Coupole du Rocher (en arabe : قبة الصخرة, Qubbat Aṣ-Ṣakhrah) est construit en l’an 72 de l’hégire (en arabe : هجرة, hijra, « émigration », « exil », « rupture », « séparation »), c’est à dire vers 691, ou plutôt 692 de l’ère chrétienne, sous le règne des Omeyyades par le calife Abd al-Malik.

Image ci-contre : une vue du Dôme du Rocher érigé sur l’esplanade des Mosquées. Domaine public.

Ce dernier, en froid avec Médine, n’ignore pas que Jérusalem est un but de pèlerinage tant pour les Juifs que pour les chrétiens et veut affirmer l’importance de ce site à côté de La Mecque et Médine, vers lesquels affluent les musulmans pour obéir aux prescriptions du Coran. Afin d’inciter les pèlerins à se rendre à Jérusalem, un territoire qu’il contrôle étroitement depuis Damas, Abd al-Malik veut faire du troisième lieu saint de l’islam un puissant pôle d’attraction économique et religieux en associant les trois grandes religions du Livre (la Bible et le Coran).

À cette fin, il lui faut disposer d’un centre doté d’un rayonnement considérable. La décision d’Abd al-Malik sera donc d’ériger un monument d’un éclat représentatif et exceptionnel sur le site même que, selon la Bible, les Juifs nomment mont Moriah en commémoration du sacrifice d’Isaac par Abraham (la ligature d’Isaac), patriarche considéré comme l’ancêtre commun des Juifs et des Arabes, et comme un signe de suprématie face aux chrétiens et aux Juifs.

Le Dôme du Rocher est situé au centre du Mont du Temple – site sur lequel se trouvait autrefois le Temple de Salomon – , mais détruit et pillé lors du siège de Jérusalem en 586 avant J.-C. Un second Temple a été reconstruit entre 538 et 417 avant J.-C. – lequel a été ensuite considérablement agrandi sous le règne du roi de Judée, Hérode le Grand au Ier siècle avant J.-C. © Kanuman 789501574.

Esplanade des mosquées ou Mont du Temple ?

Ce site, l’immense temenos (espace sacré dans les cultures antiques) du Haram al-Sharif, est aussi l’esplanade de l’ancien Temple de Jérusalem – nommé par les Juifs, le Mont du Temple – , dont la première version fut érigée par le roi Salomon au Xe siècle avant J.-C. et détruite par les Néobabyloniens sous la conduite de Nabuchodonosor II (le Nébucadnetsar de la Bible) en 586 avant J.-C. Un second Temple a été rebâtie, au VIe siècle avant notre ère au retour de l’exil de Babylone du peuple judéen et enfin une troisième version, bénéficiant d’une très importante rénovation, par le roi de Judée Hérode le Grand, vers 19 avant J.-C. et terminé quelques années avant sa destruction définitive par les légions romaines de Titus en 70 de notre ère.

Image ci-contre : détail de la magnifique décoration de marbre de couleurs habillant la façade extérieure du Dôme.
C’est sur ordre de Soliman Ier le Magnifique que la façade d’origine a été totalement remplacée par ce revêtement de carreaux de céramique d’influence ottomane. © Image et montage Théo Truschel
.

Le site avait été laissé à l’abandon après la victoire du christianisme sous l’empereur romain Constantin.

Vue générale du Kotel (Mur des Lamentations), un des rares vestiges qui nous restent du mur de soutènement du Temple d’Hérode, surmonté du Mont du Temple (ou l’Esplanade des Mosquées pour l’islam) avec le Dôme du Rocher (à gauche) et la mosquée Al-Aqsa (à droite). © Sheepdog85.

L’histoire de sa construction

L’endroit est d’autant mieux choisi qu’il serait le cadre du fameux miraj ou Voyage nocturne, lors duquel le prophète Mahomet, chevauchant la monture Bourak à tête humaine, serait monté jusqu’aux cieux. La tradition islamique rapporte que l’archange Gabriel aurait conduit le Prophète, ainsi que le relate le Coran (Sourate XVII, chapitre « texte écrit » dans le Coran), de la Mosquée sacrée de La Mecque à la Mosquée très éloignée de Jérusalem. Et c’est à partir du rocher sacré que Mahomet se serait élevé dans le ciel (on montre d’ailleurs l’empreinte du pied de sa jument inscrite dans la pierre).

Image ci-contre : l’intérieur du Dôme du Rocher avec l’emplacement de l’empreinte du pied de la jument du Prophète inscrite dans la pierre. © The Blatchford Collection of Photographs.

Au récit succinct du Coran, les légendes arabes et les écrits théologiques de l’islam ajoutent un développement considérable. Les termes du texte coranique relatifs à la Mosquée éloignée peuvent surprendre au premier abord, car du temps du Prophète, il n’existe aucune mosquée à Jérusalem dont le nom ne figure pas dans le Coran en tant que lieu saint de l’islam. Cette interprétation résulte d’une tradition postérieure à la rédaction de la sourate (XVII). C’est donc au sens originel de « lieu où l’on se prosterne devant Dieu » ou de « lieu sacré » qu’il faut comprendre ce texte.

L’esplanade était restée inoccupée, jalonnée seulement de quelques ruines dont le fameux mur de soutènement du Temple d’Hérode appelé Mur Occidental ou Kotel, aujourd’hui le site le plus sacré du judaïsme.

La construction du Dôme marque le début d’un programme de constructions qui comptera plus tard, vers 705-709, avec le successeur d’Abd al-Malik, Al-Walïd 1er, l’un des plus grands bâtisseurs de l’islam, une véritable mosquée : Al-Aqsa.

Le Dôme du Rocher, magnifique monument, est représentatif de l’art islamique ; les auteurs anciens et modernes s’accordent pour louer l’harmonie, l’équilibre, la perfection du plan et de la volumétrie de ce Dôme du Rocher. En réalité, son tracé est fondé sur toute une série de propriétés géométriques précises, qui en font un véritable réceptacle de l’ésotérisme mathématique antique.
La paternité d’architectes syro-byzantins pour ces deux œuvres islamiques est soulignée tant par la technologie que par le décor. En effet, les riches mosaïques de la croisée d’al-Aqsa, comme celles du Dôme, sont de facture constantinopolitaine. Elles représentent des feuillages, des guirlandes, des vases ou canthares d’immortalité qui symbolisent les jardins du Paradis, décrits par le Coran.
Les auteurs arabes ont longuement commenté l’ensemble que forment le Dôme du Rocher et Al-Aqsa : Ibn Batouta considère pour sa part que c’est toute l’esplanade, le Haram as-Sharif, qui forme le lieu de prière. Les deux constructions ne constitueraient donc que le martyrium d’une part et la « salle d’hiver » d’autre part, d’une vaste mosquée en plein air.

Dès 1900, l’archéologue suisse Max Van Berchem a relevé les inscriptions, mais c’est le scientifique Oleg Grabar qui publie en 1959, les premières hypothèses les plus approfondies sur sa signification.
Élément central et majestueux d’un ensemble architectural, le Dôme fut restauré à de nombreuses reprises au cours de l’Histoire. Son dôme est reconstruit en 1022 et rénové en 1089, 1318, 1448, 1830, 1874, 1962 puis complètement en 1994. Lors de cette dernière restauration, on pose des plaques de cuivre recouvertes d’une fine couche de nickel et d’or.

Image ci-contre : un portrait de Soliman Ier le Magnifique (1494- 1566). On le nomme Soliman le Magnifique en Occident et le Législateur en Orient (turc : Kanuni ; arabe : القانوني, al‐Qānūnī) en raison de sa reconstruction complète du système juridique ottoman.
Soliman devint l’un des monarques les plus éminents du XVIe siècle et présida à l’apogée de la puissance économique, militaire, politique et culturelle de l’Empire ottoman. Il mena ses armées à la conquête des bastions chrétiens de Belgrade, de Rhodes et de la Hongrie avant de devoir s’arrêter devant Vienne en 1529. Domaine public.

Dès le début du IXe siècle, le calife abbasside al-Mamun faisait effacer le nom d’Abd al-Malik pour le remplacer par le sien.
Ensuite, chaque dynastie régnante, depuis les Fatimides jusqu’aux Ottomans, a cherché à poser sa marque sur l’édifice, tout en en conservant sans doute le plan et les proportions originelles. Néanmoins, de nombreux éléments ont été remplacés dans les mosaïques intérieures où l’on note en particulier des restaurations mameloukes maladroites dans la coupole de nombreuses fois reconstruite, ou encore dans les plafonds peints, dont les motifs peuvent être datés du XIIIe siècle.
Cependant, c’est sans doute le décor extérieur qui est le plus marqué par ces restaurations : au XVIe siècle, sur ordre de Soliman Ier le Magnifique, il a été totalement remplacé par ce fameux revêtement de carreaux de céramique d’influence ottomane.

Plan du Dôme du Rocher

Le Dôme du Rocher est situé sur une plate forme artificielle rectangulaire ouverte par huit escaliers. Situé un peu à côté du centre de cette estrade, il suit un plan centré autour du point focal qu’est le Rocher, en réalité un affleurement du mont Moriah.
Ce plan se décompose en un premier anneau au centre constitué par une première colonnade autour du Rocher, supportant la coupole, cernée d’une seconde octogonale. Ces deux arcades définissent un premier déambulatoire, tandis qu’un second se situe entre la seconde colonnade et les murs extérieurs, eux aussi à huit pans. L’édifice est ouvert par quatre portes donnant en direction des quatre points cardinaux, l’une – celle qui regarde vers la mosquée Al-Aqsa, et donc vers la qibla (la direction vers laquelle doit se tourner le fidèle musulman pour l’accomplissement de la prière) – étant magnifiée par un portique plus important.

Image ci-contre : le plan du Dôme avec ses quatre portes. Domaine public.

Ce plan n’est pas nouveau : il s’inspire visiblement des modèles chrétiens de martyrium, comme le Saint-Sépulcre, situé à Jérusalem et l’Église de la Nativité, à Bethléem qui suivent la même configuration octogonale et circulaire et qui ont été construits par l’empereur Constantin au IVe siècle. On a démontré aussi des analogies troublantes avec l’octogone central de Saint-Siméon-le-Stylite à Qalat Seman (Syrie) et la cathédrale de Bosra ou Saint-Vital de Ravenne (datant de 530).
Dans le Dôme du Rocher, tout le symbolisme réside dans le passage du carré au cercle, de la terre au ciel, par l’octogone et les polygones.

Vue du Dôme du Rocher, de profil, en perspective et de dessus, en image de synthèse. © Montage Théo Truschel, avec logiciel 3 DS Max.

Vue extérieure du Dôme

Deux types de supports sont utilisés : des colonnes de marbre de couleur (marbre bleu notamment) et des piliers maçonnés. Pour la colonnade octogonale, la proportion est de deux colonnes reliées par des arcs surhaussés entre chacun des huit piliers ; dans celle circulaire, ce sont trois colonnes qui rythment l’espace entre quatre piliers, elles supportent des arcs en plein cintre à claveaux de couleurs alternées. Chaque colonne est surmontée d’un chapiteau à feuilles d’acanthes et des tirants de bois les relient. Cette bande continue de poutres se place entre les chapiteaux et les arcs pour les colonnes et entre les piliers et les écoinçons pour les piliers.

Image ci-contre : un détail de la façade, avec son revêtement de carreaux de céramique d’influence ottomane, du Dôme du Rocher. Domaine public.

Le mur extérieur est percé de nombreuses fenêtres à claustras. Les portes quant à elles sont marquées par deux colonnes pour trois d’entre elles et par une arcade de huit pour celle qui regarde vers la qibla. Seize fenêtres à claustras se retrouvent également sur le tambour du dôme central. Les doubles grilles qui meublent toutes ces ouvertures, tant sur le mur extérieur que sur la façade du tambour, datent de la période ottomane. À l’origine, on pense que les fenêtres devaient être en dentelle de marbre à l’intérieur et en fer forgé à l’extérieur.

Conclusion

C’est à Jérusalem, sur l’esplanade même du Temple antique de Salomon, que s’élève l’un des plus anciens monuments islamiques : le Dôme du Rocher. Sa localisation au cœur du haut lieu que vénèrent les trois grandes religions révélées du Livre, judaïsme, christianisme et islam, en fait un symbole éminent.

Image ci-contre : une vue aérienne du mont du Temple avec le Dôme du Rocher et le Kotel ou mur occidental. © M. Truschel.

Enjeu de la guerre israélo-arabe d’une part et des négociations de paix toujours en cours d’autre part, Jérusalem est, avec la Cisjordanie, au centre des préoccupations de tout le Proche-Orient et des grandes puissances.

Image ci-dessous : une vue générale (détail) de Jérusalem. On discerne au centre de l’image, le Dôme du Rocher et à gauche la Mosquée Al-Aqsa. © Patrice Bouton.

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