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Bible, Histoire, Archéologie

Bible,
Histoire,
Archéologie

Les Hasmonéens,

entre hellénisme et judaïsme

La Judée sort de l’Histoire biblique au moment du retour d’une faible partie des exilés juifs de Babylonie vers leurs terres ancestrales abandonnées. On est en 538 avant J.-C. sous le règne de Cyrus II, le Roi des rois perse, considéré comme l’oint du Seigneur : « Ainsi parle l’Eternel à son oint, à Cyrus, qu’il tient par la main, pour terrasser les nations devant lui, et pour relâcher la ceinture des rois, pour lui ouvrir les portes, afin qu’elles ne soient plus fermées » (Esaïe 45,1).

Image ci-contre : une épingle à vêtement en or de l’empire achéménide. Musée de Leyde, Pays-Bas. © Théo Truschel.

Le Temple de Jérusalem est alors reconstruit dans des circonstances difficiles et inauguré à la fête de Pessah en 515 avant J.-C. (Esdras 5,1, etc.).

Voir l’article sur les Temples de la Bible →

L’Histoire

Après la fin de l’Empire perse vers 330 avant J.-C. sous les coups d’Alexandre le Grand, la Judée se trouve rapidement plongée sous le joug des royaumes hellénistiques, tout d’abord des Lagides et ensuite après la bataille de Panion (l’actuel Banyas) en l’an 200 avant J.-C., des Séleucides, nouvelles puissances géopolitiques du moment.
Rien ou presque n’est connu de ce long moment dans cette région jusqu’à la révolte dite des Maccabées en 167 avant J.-C., moment où les Juifs réapparaissent sur la scène de l’Histoire. C’est durant cette longue séquence qu’un basculement majeur a lieu. Le monde grec et sa pensée prennent la main dans toute la région. La Septante, traduction en grec de la Torah, est rédigée en Égypte à Alexandrie à la fin du troisième siècle. Elle permet une nouvelle lecture de la Torah par le vocabulaire et les concepts grecs et fut chaleureusement accueillie dans toute la diaspora.

Voir la page des Livres de la Première Alliance →

Pourtant, plus tard, lors de la confrontation du judaïsme avec le christianisme, cette traduction dite de la Septante suscita des mises en garde lancées par les grands Sages d’Israël contre l’idéologie dominante grecque.
La menace est palpable et le danger réel que la Tradition se perde. L’éducation, les habitudes vestimentaires, culturelles et même cultuelles changent. Un gymnase, une agora sont construits à Jérusalem. Les jeunes se piquent de philosophie et s’éloignent des enseignements de leurs Pères. Une nouvelle littérature s’élabore, un nouveau cadre de pensée se met en place. La philosophie grecque va apporter de nouvelles classifications mentales et un nouveau langage. Elle va ainsi subtilement étiqueter le judaïsme comme une religion, enfermant la vie et la pensée juive dans un carcan. Elle va établir de nouvelles catégories de pensée, amenant une large partie de l’élite de Jérusalem à pratiquer sans problème le culte au Temple et à se rendre ensuite au gymnase, le Temple n’étant devenu que le lieu d’une pratique identifiée à un espace bien délimité de la vie du Juif mais non exclusif à d’autres pratiques considérées comme compatibles. Nous basculons vers un nouveau paradigme, qui autorise ces aller-retours entre ce qui est devenu le religieux et le profane. La porosité de cette frontière est antinomique à l’injonction du Dieu d’Israël de vivre dans cette tension de la séparation (kadosh en hébreu) comme lui-même est séparé, ce qui a été depuis maladroitement traduit par «saint».

La Septante
La plus ancienne traduction en Grec de la Bible hébraïque est appelée la Septante. Aristée, manifestement juif du IIe siècle sans doute d’Alexandrie, nous a laissé le récit de cette entreprise sans précédent. Dans la Lettre (pseudépigraphe ?) qu’il adresse à son frère Philocrate, Aristée rapporte que les cinq Livres de la Loi hébraïque, c’est-à-dire de la Torah (Pentateuque), ont été traduits par 72 «maîtres dans les lettres judaïques, mais aussi adonnés à la culture hellénique», six par tribu, venus de Jérusalem à Alexandrie à la demande du roi Ptolémée II Philadelphe (qui régna de 285 à 246 avant J.-C.), et de son bibliothécaire, Démétrios de Phalère (mort vers – 280), l’un des fondateurs de la Bibliothèque d’Alexandrie.
Image ci-contre : un écrivain juif tenant un rouleau de la Torah. © Juan Aunion 1387802840.

Voir la page des différentes versions de la Bible  →

Les sources

Pour écrire la révolte des Hasmonéens, le corpus littéraire est peu épais. Nous disposons de quatre livres de langue grecque. D’abord, deux livres du corpus désignés sous celui des Maccabées. Le livre II des Maccabées est un résumé de cinq volumes d’un certain Jason de Cyrène. Il est daté aux alentours de l’an 100 avant notre ère, comme le livre I qui est issu quant à lui d’une source sacerdotale. Il est considéré comme le texte le plus fiable par les historiens. Nous disposons ensuite des deux livres de Flavius Josèphe, rédigés deux siècles plus tard, la Guerre des Juifs et les Antiquités Judaïques. Il puise ses informations auprès de sources hostiles aux Hasmonéens.

Voir la page sur Flavius Josèphe →

Les ruines de Gamla. L’ancienne cité juive fortifiée de l’époque hasmonéenne et de la Grande Révolte contre les Romains. plateau du Golan, nord d’Israël.
La ville de Gamla a été fondée par les Séleucides au IIIe siècle avant J.-C. À la chute de l’Empire séleucide, la ville passe sous contrôle hasmonéen. Le roi Alexandre Jannée étend la ville au Ier siècle avant J.-C. En 66, Flavius Josèphe devient gouverneur de la Galilée, il fait de Gamla sa principale place forte. Il fait consolider les fortifications de plusieurs villes de la région dont Gamla en prévision de l’attaque des Romains. © Rontav 1666760152.

L’Empire séleucide

Nous sommes au second siècle avant notre ère. Le contexte régional du royaume séleucide est tendu en raison d’une immense dette de guerre à régler auprès de Rome (la paix d’Apamée -188) et la montée en puissance de cette nouvelle venue à ses frontières. Le royaume séleucide, centré à Antioche, semble vaciller sur lui-même. Antiochos IV prend le pouvoir en 175 avant J.-C. À cette période, à Jérusalem, la corruption et la violence règnent entre différentes grandes familles pour le contrôle du titre et du pouvoir de grand-prêtre. La charge est normalement héréditaire chez les descendants de Tsadok, mais durant cette époque, pour des raisons financières, elle est parfois vendue au plus offrant par le roi séleucide.
Le grand prêtre avait notamment la mainmise sur le Trésor du Temple, fortune convoitée par le souverain séleucide en cette période d’endettement chronique. L’élite politique et religieuse est donc aux mains de parvenus sans scrupule. Par ailleurs, le règne d’Antiochos IV sonne le glas des mesures favorables que son père avait accordées au peuple juif. Dans un contexte politique difficile alors qu’il doit battre en retraite devant Alexandrie sauvée par Rome, Antiochos IV émet un édit violemment anti-juif, qualifié à juste titre d’édit de persécution. Le Temple est consacré à Zeus olympien, le dieu des cieux des Grecs.

Image ci-contre : une monnaie à l’effigie d’Antiochos IV sur laquelle figure ΘΕΟΥ ΕΠΙΦΑΝΟΥΣ ΝΙΚΗΦΟΡΟΥ / ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΟΧΟΥ : « Roi Antiochos, dieu révélé, porteur de victoire ». © Classical Numismatic Group, Inc.

On y bâtit un autel en célébrant les cultes païens avec des animaux impurs au regard de la Loi juive. Le shabbat et la circoncision sont interdits, les rouleaux de Torah déchirés. Le culte juif est interdit. Les récalcitrants sont recherchés, arrêtés et exécutés. Les historiens modernes ne s’expliquent pas d’un tel acharnement dans un monde réputé tolérant et ouvert, mais manifestement qu’aux autres cultes polythéistes. Le roi était-il fou, exalté ou percevait-il une menace dans le culte juif à l’encontre de la civilisation grecque ? Les historiens se perdent en conjectures.

Le siècle hasmonéen (167-63 avant J.-C.)

Image ci-contre : une lampe de l’époque hasmonéenne (1er siècle avant J.-C.) découverte à Jérusalem. © Autorité des Antiquités d’Israël.

Un homme se leva contre la barbarie en 167. C’est Mattathias, le « héros » de Modiin, où il s’était réfugié après les persécutions à Jérusalem. Mattathias était issu d’une des familles sacerdotales, celle des Hasmonéens, originaire de la petite ville de Modiin. Il était issu de la première des vingt-quatre classes de prêtres recensées dans la Torah. Père de cinq fils dont l’un, Eléazar, meurt tué au combat contre les Séleucides en 162, il donnera trois autres fils qui se succédèrent dans le commandement militaire et l’exercice du pouvoir, Judas (166-160), Jonathan (152-142) et Simon (142-134).

L’hellénisme a fait de cette révolte la première guerre de religion de l’Histoire, qualifiant le mode de vie juif et sa relation avec son Dieu au nom imprononçable, de judaïsme. Cette guerre et la manière même dont elle est racontée par les textes parvenus à nous ne nous libèrent pas de ce cadre de pensée imposé par le monde grec. Pire, très rapidement les libérateurs du Temple se sont semble-t-il coulés dans le moule idéologique grec.
Les textes présentent un Mattathias saisi par la colère contre la collaboration de nombre de Juifs aux nouveaux décrets antijuifs. Il exécuta publiquement un Juif prêt à obéir à l’ordre royal qui était de sacrifier selon les rites païens. Il s’enfuit dans les montagnes, entouré d’une petite troupe et mourut peu de temps après le déclenchement de la révolte. Son fils Judas, dit Maccabée, le troisième de la fratrie, lui succéda. La « geste » de Judas occupe plus de cinq chapitres dans le livre 1 des Maccabées. C’est le chef de guerre de la famille, celui qui entouré au départ d’une dizaine de compagnons, se retrouva à la tête de plusieurs milliers de combattants, qui battirent dans des batailles rangées les armées séleucides (Bethoron, Emmaüs, Betsour…). Après plusieurs batailles, Judas parvint à s’emparer de Jérusalem.

Image ci-contre : les fouilles de Horbat Ha-Gardi sur le site présumé de la tombe des Maccabées. © Autorité des Antiquités d’Israël.

Judas rétablit alors le culte au Temple (le 25 kislev, décembre 164 avant J.-C.). Cette victoire est passée dans la célèbre fête juive de Hanouccah, symbole de la libération du Temple de Jérusalem qui avait été désacralisé. La tradition tardive juive (IIIe siècle de l’ère chrétienne) s’est moins attachée à la victoire militaire qu’à la purification du Temple qui en a découlé, de la fiole d’huile miraculeusement retrouvée qui brûla huit jours, temps nécessaire pour fabriquer la nouvelle huile sainte. Cette huile permit d’allumer la menorah, dont la lumière est symbole de la Torah.

Voir la page sur la fête d’Hanoucca →

Les vestiges supposés (détail) de la forteresse de l’Acra sur le site des fouilles du parking Givati à Jérusalem. Cette forteresse séleucide résista un temps aux assauts de Judas Maccabée. © Autorité des Antiquités d’Israël (AAI).

La dynastie hasmonéenne (152-63 avant J.-C.)

L’abrogation de l’Édit de persécution et la nomination d’un grand-prêtre, accepté par toutes les parties, amena un temps le calme. Mais si l’État hasmonéen qui se mit en place en 152 est né d’une révolution pour sauver les valeurs de la Torah, ce que les Grecs appelaient judaïsme, les successeurs de Judas Maccabée prirent rapidement leurs distances par rapport aux buts originaux du mouvement et créèrent un État de format grec. Comme les princes hellénistiques, ils utilisèrent le religieux comme fondement du politique, en cumulant l’autorité du grand-prêtre et les pouvoirs de chef du peuple, ce qui était une première. Les frères de Judas, Jonathan et Simon, acceptèrent ainsi d’entrer à la cour du souverain séleucide et de gouverner formellement comme son représentant mais sans jamais prendre le titre de roi. Ils restaient les grands-prêtres et ethnarques du peuple juif. Cet État grec dans lequel se retrouvait une certaine liberté religieuse fut rejeté par un certain nombre de courants religieux, tels que les Pharisiens ou encore les Esséniens contestant la légitimité de la nouvelle dynastie sacerdotale.
Ce sont Jonathan et Simon, qui ont donné ses frontières à l’État hasmonéen, profitant des faiblesses structurelles de l’Empire séleucide. Jonathan entreprit une politique active de conquête, poursuivie par tous ses successeurs. D’après la narration des textes à notre disposition, les Iduméens, au sud d’Israël, furent convertis par la force.
Jonathan et Simon mirent en place une nouvelle dynastie. Simon construisit un mausolée familial à Modiin sur un modèle grec. Cependant, la dynastie resta si fragile que Jonathan et Simon terminèrent leur vie assassinés.
• Simon (142-134 avant J.-C.), frère de Jonathan ;
• Jean Hyrcan Ier (134-104), deuxième fils de Simon ;

Image ci-contre : une monnaie de Jean Hyrcan Ier 135-104 avant J.-C.
Prutah. Avers : « Yehohanan le Grand Prêtre et le Conseil des Juifs » sur cinq lignes dans une couronne. Revers : double corne d’abondance ornée de rubans ; grenade entre les cornes. © Classical Numismatic Group, Inc.

• Aristobule Ier (104-103), fils de Jean Hyrcan Ier, prend le titre de roi ;
• Alexandre Jannée (Alexandre Jonathan) (103-76), frère d’Aristobule Ier ;

Image ci-contre : une monnaie en cuivre, prutah, d’Alexandre Jannée.
Avers : BASILEWS ALEXANDROU (du roi Alexandre). Ancre posée verticalement.
Revers : légende araméenne entre les rais (Yehonathan le roi). Roue ou astre à huit rais globulé au centre. © cgb.fr

• Salomé Alexandra (76-67), épouse d’Aristobule Ier puis d’Alexandre Jannée ;
• Hyrcan II et Aristobule II, fils d’Alexandre Jannée, se disputent le pouvoir royal et la fonction de grand-prêtre ;
• Antigone II Mattathias (40 – 37), dernier fils d’Aristobule II, roi et grand-prêtre hasmonéen.

Voir le tableau de la dynastie hasmonéenne, sa fin, et l’arrivée au pouvoir d’Hérode le Grand →

Jean Hyrcan Ier (134-103) est celui qui stabilisa le pouvoir hasmonéen. Profitant des troubles dans la famille régnante séleucide, il reprit l’expansion territoriale et étendit encore davantage les frontières du royaume d’Israël. Il s’empara ainsi d’une partie de la Transjordanie en −128, de l’Idumée en −125 et de la Samarie, où il détruisit vers −108 le temple des Samaritains qui avaient fait allégeance aux Séleucides.
C’est à cette époque que le monnayage local se fit jour. Jean Hyrcan Ier le frappa sans que son visage ne soit représenté. Il ne prit pas le titre de roi. Il eut par ailleurs l’intelligence politique de rallier à lui la plupart des courants hostiles au pouvoir hasmonéen, comme les Pharisiens afin d’apaiser son règne.
Puis la dynastie s’hellénisa, Hyrcan est un nom grec et ses enfants commencèrent à porter un double nom. Aristobule/Judas (104-103), Alexandre Jannée/Jonathan (103-76), qui inaugura un monnayage bilingue, hébreu et grec. Ils se firent désormais désigner comme basileus, roi en grec. La tradition littéraire est extrêmement défavorable à Alexandre Jannée, qui eut le règne le plus long de toute la dynastie après celui d’Hyrcan, son père. Il est régulièrement en opposition avec les mouvements qui avaient contesté le pouvoir de Jonathan et Simon, que sont les Pharisiens et les Esséniens. Il est présenté sous la forme d’un tyran sanguinaire, impulsif et dépravé.
À la mort de Jannée, en -76, le pouvoir fut exercé par sa veuve, Salomé Alexandra, au nom de ses deux fils mineurs, Hyrcan II, devenu rapidement grand-prêtre et Aristobule II, commandant de l’armée. En lutte l’un contre l’autre, les deux frères ennemis appelèrent Pompée comme arbitre de leur conflit. Le chef militaire romain, nouvelle puissance montante de la région, soutint Hyrcan II. Il prit Jérusalem, profana le Temple, qui tomba pour la première fois sous la puissance romaine en -63. Il ne laissa à Hyrcan II que le titre d’ethnarque lui supprimant celui de roi. La région était tombée aux mains de Rome pour plusieurs siècles.

Image ci-contre : un portrait de Pompée le Grand. Musée du Louvre, Paris. © Alphanidon.

Pompée eut bien soin de doubler la structure politique en nommant un conseiller aux origines étrangères, Antipater était Iduméen. Le fils de celui-ci, Hérode, à la suite de nombreuses péripéties, se fit reconnaître « roi des Juifs » par le Sénat romain en 40 avant J.-C. Il reconquit le pays avec l’aide des Romains jusqu’en 37 avant J.-C.
C’est la fin des Hasmonéens.

Pour en savoir plus

Mireille Hadas-lebel, La révolte des Macchabées
Lemme Edit-Maison, collection Illustoria. Paris, 2014.

La révolte conduite par Juda surnommé Maccabée (« Martel ») à partir de 167 avant J.-C. contre le roi grec de Syrie Antiochos IV Epiphane est l’événement le plus marquant de l’histoire de la Judée à l’époque hellénistique. L’ouvrage qui lui est consacré fait le point sur l’enchaînement des causes du conflit et les effets de la victoire des Judéens. Au-delà de la lutte pour la liberté de culte et la reconquête du Temple de Jérusalem, l’indépendance recouvrée aura eu d’importantes conséquences pour tout l’Orient méditerranéen.

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