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Bible, Histoire, Archéologie

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Archéologie

Introduction

Dans les Actes des apôtres 22,22-29, est relaté un incident qui amène l’apôtre Paul à comparaître devant la juridiction impériale à Rome.

La civitas

Paul, pris à parti par une foule déchaînée à Jérusalem, est emmené dans la citadelle Antonia où le commandant romain ordonne de le soumettre au fouet. C’est alors que Paul révèle sa citoyenneté romaine; dès lors les soldats n’osent plus l’enchaîner car un citoyen romain ne peut être soumis à une juridiction locale. Les pouvoirs publics doivent faire respecter en tout lieu sa dignité.

Cette anecdote illustre parfaitement le prestige attaché à la qualité de citoyen romain.

Image ci-contre : trois militaires romains.
De gauche à droite : un centurion revêtu d’une parure de torques et de phalerae,
   –  un centurion primus pilus, primipile, le grade le plus élevé d’un centurion,
   –  un légionnaire « classique » du milieu du Ier siècle de notre ère. © DR.

Les différentes classes de la société romaine

Sous l’Empire romain, de 27 avant notre ère à 197 de notre ère, la société est divisée en deux grandes classes :
les citoyens et les non-citoyens :
Les citoyens
Cette classe est elle-même subdivisée en plusieurs ordres hiérarchiques selon la fortune :
L’ordre sénatorial (ordo senatorius)
Elle est la classe la plus élevée, au sommet de la société romaine et bénéficie de certains privilèges, dont le monopole des magistratures. C’est un corps de 600 membres héréditaires qui doivent posséder le cens de 1000000 de sesterces. Depuis Hadrien ils ont le droit au titre de clarissini.
L’ordre équestre (ordo equester)
Les chevaliers ne sont pas héréditaires, ils constituent la noblesse officielle et doivent posséder le cens de 400 000 sesterces. C’est une riche classe sociale formée de banquiers, d’administrateurs, d’hommes d’affaires, éligibles aux magistratures à Rome. C’est probablement de cette classe que semble faire partie le « très honorable Théophile« , le destinataire des « lettres » de l’Évangile de Luc et des Actes des apôtres. À la tête de cet ordre se situent les princes impériaux, dotés du titre de princes de la jeunesse.
La plèbe
C’est le peuple des « 35 tribus ». Elle n’a qu’un faible rôle politique (acclamation de l’empereur). Les 150 000 prolétaires inscrits sur les registres de l’annone touchent le blé gratuitement. Ils ne paient pas d’impôts.
Les non-citoyens
Situé au bas de l’échelle de la société, cette catégorie est composée d’esclaves et d’affranchis.
Dès le début de l’Empire, le sort des esclaves s’humanise sous l’influence du stoïcisme et plus tard du christianisme ; les affranchissements deviennent de plus en plus nombreux et certains affranchis deviennent à leur tour des citoyens.

Image ci-contre : la toge est l’apanage de la citoyenneté romaine. Elle est la tenue officielle utilisée exclusivement par le citoyen romain pour le distinguer du reste des habitants de l’Empire.
Les toges se différencient par la qualité de l’étoffe, par le drapé et par le coloris, lequel indique généralement le rang social et la fonction du personnage. Les enfants et les sénateurs portent la toge bordée d’une bande de couleur pourpre. En sculpture, le coloris est rendu au moyen de la peinture, aujourd’hui disparue dans la plupart des cas. © Théo Truschel.

Droits et devoirs du citoyen romain

Les droits principaux du citoyen sont d’ordre politiques (droit de vote et d’éligibilité), militaires (droit de servir dans l’armée prestigieuse de la légion) et civils.
Parmi les droits civils : Le droit aux tria nomina : avoir « les trois noms », c’est-à-dire un prénom (praenomen), un gentilice (nom de la gens, la famille au sens large) et un surnom (le cognomen, qui vous individualise au sein d’une gens), constitue en quelque sorte « la carte d’identité » qui permet d’être aussitôt reconnu comme citoyen romain.
Ceux qui ont été adoptés portent les tria nomina de l’adoptant, plus un second cognomen, rappel de sa gens d’origine. On ne connait pas les tria nomina de Paul.
Le droit d’intercessio, à l’époque impériale, est le droit de n’être jugé que par l’empereur à Rome ; c’est ce que fait l’apôtre Paul et c’est pourquoi il est jugé et exécuté à Rome.
La qualité de citoyen vaut passeport dans tout l’Empire, sauf en Égypte qui est le domaine réservé de l’empereur ; une autorisation particulière est nécessaire.
En face de tous ces droits, les obligations sont peu nombreuses : la militia : le devoir de remplir ses obligations militaires ; le tributum : l’impôt (sur la fortune, non sur le revenu), toujours exceptionnel.
À l’exception de la haute trahison, du crime de lèse-majesté et de l’indignité morale, seul le manquement à ces deux obligations peut faire perdre la qualité de citoyen.

Image ci-contre : le Forum (détail) est la place principale de la Rome antique.
Son importance historique, religieuse et politique en fait l’endroit autour duquel toute la vie de la ville s’articule : célébration de mariages, organisation de jeux, de combats de gladiateurs, de cérémonies et de fêtes religieuses, de défilés militaires (sur la Via Sacra), de proclamations politiques … © Marcel Roblin.
La Via Appia fut le scénario d’événements très prisés par les chrétiens. Les Actes des Apôtres (28,15) rapportent que l’apôtre Paul arriva à Rome par cette voie : « C’est ainsi que nous arrivâmes à Rome. Les frères de cette ville, informés de notre arrivée, vinrent à notre rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois Tavernes. En les voyant, Paul rendit grâces à Dieu et reprit courage ». © Stephano Valeri  791928403.

Comment devient-on citoyen romain ?

À Rome, la citoyenneté est réservée à l’origine à ses habitants. Le moyen le plus simple est la naissance. Il suffit que le père soit citoyen romain et qu’il reconnaisse l’enfant légitimement comme le sien. Mais, au cours de l’histoire, elle est rapidement étendue aux habitants de l’Italie, puis des colonies établies sur tout le territoire romain, à ceux de certaines communautés et même à certaines cités provinciales qui se rallient aux valeurs de Rome, «la capitale aux sept collines vénérée de tout un monde».
Les autres moyens pour l’acquérir à titre individuel consistent en des services exceptionnels rendus à l’État romain, par l’affranchissement de la condition servile et, sous l’Empire, au terme d’un processus d’intégration, comme pour des notables d’une cité de province ou les habitants d’une province.

Paul, citoyen romain

Même si nous ne connaissons pas le nom de famille de Paul, ni son « Tria Nomina » le fait qu’il était citoyen romain est prouvé par son appel « à César » et son transfert à Rome pour y être jugé. Citoyen romain par la naissance, Paul fait partie en ce Ier siècle, d’une minorité privilégiée, car, si la citoyenneté a été accordée aux Italiens, elle était rare dans les Provinces orientales et conférée pour des services exceptionnels.
Paul aurait dû être partout en sécurité, une législation des plus contraignantes obligeait les pouvoirs publics à faire respecter partout la dignité du citoyen, or Paul subit à plusieurs reprises des peines infamantes. Comment l’expliquer ?

Image ci-contre : une illustration de citoyens romains dans leurs tenues officielles. © Hein Nouwens 93975025.

Prouver son identité était un vrai problème pour le voyageur dans l’Antiquité : il n’y avait pas de papier d’identité, ni de passeport (les naturalisations n’ont été enregistrées que sous Marc-Aurèle (121-180 après J.-C.) et les situations locales variaient selon les moyens des gouverneurs. D’où l’importance des parents ou des hôtes, installés sur place, qui pouvaient se porter garant pour celui qui était mis en cause. En l’absence de garants, l’identification du citoyen romain dépend de l’opinion de la rue ou des fonctionnaires de police. La méprise était fort possible, comme celle qu’ont connue Paul et Silas à Philippes où, après les avoir fait battre de bâtons, les magistrats doivent venir les libérer en personne.

Un remarquable facteur d’intégration

L’attribution de la citoyenneté, accordée de plus en plus largement et même sous Caracalla en 212, à tout homme libre a été certainement un des facteurs les plus importants de la réussite de l’Empire, de sa cohésion et de sa longévité. L’assimilation progressive des élites des populations soumises autour de valeurs communes ont fédéré des hommes d’origines très diverses comme Virgile (Cisalpine), Sénèque (Espagne) ou Saint Augustin (Afrique).

Image ci-contre : un denier à l’effigie de Caracalla (198-217). Avers : tête laurée à droite, revers : Hercule nu debout à gauche, tenant une branche d’olivier et une massue avec la peau de lion. © Comptoir des Monnaies, Cohen 196.

Pour en savoir plus

BASLEZ. Marie-Françoise, Saint Paul
Qui était le vrai Paul ? Le personnage historique aujourd’hui souvent cité dans les controverses philosophiques et politiques a été présenté par l’Église comme le doctrinaire de la conversion des païens. En réalité, il était d’abord homme d’action. Cet originaire de Tarse, devenu disciple de Jésus, s’est comporté au Ier siècle de notre ère en véritable entrepreneur religieux et a sillonné l’Orient romain pour multiplier les noyaux de croyants…

Éditions Arthème Fayard/Pluriel, Paris, 2012.

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