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Bible, Histoire, Archéologie

Bible,
Histoire,
Archéologie

Introduction

Cela faisait plusieurs décennies que des missions archéologiques se sont succédé, dans l’espoir de mettre au jour un important cimetière philistin. C’est désormais chose faite, avec la découverte de près de 200 corps qui ouvre la voie à une vaste étude anthropologique sur ce peuple disparu de l’Histoire.

Une découverte étonnante

L’histoire biblique qui entoure les Philistins est mise à l’épreuve de la découverte de nombreux ossements à Askalon, l’une des cinq cités philistines, dans le sud-ouest d’Israël :  Gaza, Askalon, Asdod (situées au bord de la mer orientale de la Méditerranée), Ekron et Gath (à l’intérieur des terres) ; ces cinq villes préexistaient à leur arrivée et ont formé un État : la Philistie (Josué 13,3 ; I Samuel 6,17 ; Juges 13,1).
Le site funéraire découvert semble constituer le premier cimetière d’importance de cette mystérieuse population disparue il y a environ 3 000 ans. La datation au radiocarbone et l’analyse des céramiques indiquent qu’il aurait été utilisé entre la fin du XIe siècle et le début du VIIIe siècle avant J.-C.

Images ci-contre : un relevé avec dessins et prises de vues d’un squelette mis au jour sur le site funéraire philistin à Askalon. © Tsafrir Abayov pour The Leon Levy Expedition to Ashkelon.

D’autres sites contenant des artefacts identifiés à des Philistins ainsi qu’un site funéraire de moindre importance ont été découverts dans les années 1950 dans l’ancienne cité de Yavneh (probablement Jamnia) datés de la même époque et encore un autre site dans l’ancienne cité d’Azor situé près de l’actuelle Tel Aviv.

Les premières fosses funéraires de l’antique cité portuaire philistine d’Askalon furent mises au jour en 2013. Forte de treize mille habitants à son apogée, l’ancienne cité, aujourd’hui ensevelie sous un jardin public, se révèle au fur et à mesure des fouilles.
Les fouilles ont été tenues secrètes pendant environ trois ans, par crainte de la réaction des Juifs ultra-orthodoxes qui redoutent la profanation des tombes juives. Les fosses seront prochainement entièrement comblées.

À quelques dizaines de mètres des fosses, un laboratoire a été installé en plein air par la mission archéologique. Sherry Fox, une archéo-anthropologue, spécialiste de l’analyse des dépouilles, y est chargée de faire « parler » les ossements.

Daniel Master, professeur au Wheaton College dans l’Illinois et co-directeur des fouilles à Askalon, participe aux fouilles sous la responsabilité de la Direction des Antiquités d’Israël. Ce chantier est pour lui le couronnement de nombreuses années de recherches, et l’occasion de se retrouver enfin véritablement au « contact » des Philistins. Les près de 200 corps découverts devraient fournir une meilleure connaissance de leurs rites funéraires et leur mode de vie.
Les traces visibles sur les squelettes montrent à l’évidence que leurs conditions de vie étaient rudes. Certains signes, constatés sur des ossements, indiquent une interruption de croissance, probablement due à une mauvaise alimentation ou à une maladie d’enfance. On constate aussi dans leurs os que leurs travaux étaient très physiques et qu’ils pratiquaient la consanguinité. Les archéo-anthropologues estiment toutefois que leur taille était normale et qu’aucun « géant » sur le modèle de Goliath n’a été retrouvé sur le site.

Des fouilles tenues secrètes pendant trois ans

À quelques dizaines de mètres des fosses, un laboratoire a été installé en plein air par la mission archéologique. Sherry Fox, une archéologue spécialiste de l’analyse des dépouilles, y est chargée de faire parler les ossements.

Image ci-contre : Nettoyage d’un squelette par l’archéologue Sherry Fox sur le site funéraire philistin à Askhelon. © Menahem Kahana – AFP.

Les traces visibles sur les squelettes, explique-t-elle, montrent que leurs conditions de vie étaient dures. Certains signes indiquent une interruption de croissance, probablement due à la faim ou à une maladie d’enfance. On voit aussi dans leurs os que leurs travaux étaient très physiques, qu’ils pratiquaient la consanguinité et qu’ils utilisaient leurs dents comme outils, probablement pour le tissage. Sherry Fox estime toutefois que leur aspect n’était pas repoussant, que leur taille était normale et qu’aucun « géant » sur le modèle de Goliath n’a été retrouvé. Quant aux relations qu’ils eurent avec les autres habitants du Levant, Daniel Master est formel : les langages avaient quelques points en commun.

Image ci-contre : Un crâne exhumé sur le site funéraire philistin. © Tsafrir Abayov for the Leon Levy Expedition to Ashkelon.

La cité d’Ashkelon fut entièrement détruite par Nabuchodonosor en décembre 604 avant J.-C., et les survivants exilés à Babylone. Les occupants ultérieurs furent très différents des Philistins.
Les fouilles du cimetière d’Ashkelon ont été tenues secrètes pendant trois ans, par crainte de la réaction des Juifs ultra-orthodoxes qui redoutent la profanation des tombes juives. Les fosses philistines seront prochainement entièrement comblées. Quelques artefacts seront néanmoins exposés au musée Rockefeller d’histoire et d’archéologie de Jérusalem à partir du 10 juillet 2016.

Les Philistins, un peuple privé d’histoire

Qui étaient les Philistins ?
Ils font certainement partie des « Peuples de la Mer » dont l’invasion repoussée en Égypte par les pharaons Merenptah, vers 1210 avant J.-C. (Ces « Peuples de la Mer » son mentionnés sur la stèle de Merenptah, exposée au Musée égyptien du Caire, et provient à l’origine du temple d’Amenhotep III.) et Ramsès III en 1194 environ avant J.-C. (L’épisode est gravé sur les murs extérieurs de son temple à Medinet Habou, Égypte.) a déstabilisé tout le Proche Orient au XIIIe/XIIe siècle avant J.-C. à une époque où les villes et les civilisations en Grèce et au Moyen-Orient s’effondraient.

Image ci-contre :  l’archéologue Kathryn Marklein nettoie des ossements mis au jour sur le site. © Tsafrir Abayov for the Leon Levy Expedition to Ashkelon.

Une grande partie de ce que nous savons sur les Philistins provient de textes égyptiens et assyriens ainsi que des textes dans l’Ancien Testament (Jérémie 47,4, etc.).
Pour certains historiens, leur origine reste malgré tout incertaine et encore discutée à ce jour. Venaient-ils, comme le suggèrent leurs poteries rouge et noire, ainsi que leur équipement décrit avec précision au temple de Medinet Habou, de la région de Mycènes ou bien seraient-ils venus de Caphtor, qui serait la Crète (Caphtor en hébreu) ou peut-être de la Cappadoce (Amos 9,7) ?

La seule certitude est qu’ils étaient étrangers à cette région peuplée de sémites (Cananéens, Israélites, etc.). Leur présence est attestée archéologiquement entre 1200 et 600 avant J.-C., sur une étroite bande côtière de l’actuelle Gaza jusqu’à la hauteur de Gézer. Lors de leur installation sur la côte orientale méditerranéenne, les Philistins se répartir ainsi en ces cinq petites principautés fortifiées. Ces rois formaient une coalition dans laquelle ils étaient tous égaux. Chacun d’eux gardait le contrôle de sa ville, comme on le voit dans les relations entre Akish, le roi de Gath, et David, futur roi d’Israël, (1 Samuel 27,5-7), mais ils collaboraient en cas d’urgence nationale (Juges 16,5).

Les Philistins, fiers commerçants et marins, parlaient une langue indo-européenne, ne pratiquaient pas la circoncision et consommaient du porc et du chien, comme en témoignent les os retrouvés dans les ruines des quatre autres cités philistines voisines : Gath, Gaza, Asdod et Ekron.

Lorsque les Philistins arrivent au Levant, ils se heurtent aux tribus israélites dans l’arrière-pays et engagent avec elles une lutte sans merci. Les Philistins regroupent leurs forces dans des actions concertées ce qui les rend redoutables d’autant qu’ils possèdent un armement lourd et des armées de métier. Ce peuple, relativement peu nombreux en comparaison des autres nations de la région, devait sa suprématie au fait qu’il était alors les seuls à connaître les secrets de la fabrication des outils et des armes de fer, (I Samuel 13,19) supérieur au bronze employé par les Israélites.

Dans la suite de l’Histoire, les cités philistines se retrouvent dans les archives des rois néo-assyriens puis néo-babyloniens à l’occasion des changements de règne.

On sait qu’en 806 avant J.-C., l’Assyrien Adad Nerari III reconquiert les pays méditerranéens dont la Philistie, puis Teglath Phalazar III de 734 à 732. Ce dernier livre des guerres de conquête avec occupation des territoires répartis en provinces disposant de garnisons permanentes et de courriers signalant les révoltes. Il déporte de nombreuses populations. À la mort de Sargon II se produit un soulèvement général de toute le Levant. Sennachérib, son fils, bat à Elteqeh, cette coalition dont les Philistins faisaient partie. Le roi d’Asdod est livré aux Assyriens.

Nabuchodonosor II (le Nébucadnetsar de la Bible), roi de Babylone, est victorieux des Égyptiens à Karkemish et s’empare de tout le Levant. En 604, Askalon est mise à sac, son roi emmené prisonnier et sa population déportée.
À partir de ce moment, nous n’avons pratiquement plus aucune trace des Philistins. Ils ont été assimilés à la culture cananéenne et ont fini par disparaître du texte biblique et de l’Histoire en général, laissant derrière eux le nom de la Palestine (Palaestina) que les Romains attribuèrent à cette région, sous le règne d’Hadrien, en 135 de notre ère.

Fresque gravée sur l’un des murs du temple de Ramsès III à Medinet Habou.
Des prisonniers philistins sont emmenés captifs par l’armée égyptienne. © Théo Truschel.

Comment les connaît-on ?

L’histoire des Philistins est surtout connue par l’image qu’en ont laissée dans la Bible leurs ennemis et voisins, les Israélites. Les Philistins sont mentionnés dans le Livre des Juges, avec leurs combats contre Samson, dans le Livre de Samuel, qui relate la capture de l’Arche d’Alliance par les Philistins à Apher et le célèbre duel entre David et le géant Goliath.
Ils sont encore connus grâce aux archives égyptiennes, qui représentent les violents combats qu’ils menèrent contre l’Égypte de Merenptah et de Ramsès III. Ils sont représentés sur les murs du temple de ce dernier pharaon à Medinet Habou.

Image ci-contre : nettoyage d’un squelette enterrée avec une fiole de parfum en terre cuite aujourd’hui soudée à son crâne. © Tsafrir Abayov for the Leon Levy Expedition to Ashkelon.

Dans la suite de l’Histoire, les cités philistines se retrouvent dans les archives des rois assyriens puis babyloniens à l’occasion des changements de règne.
On sait qu’en 806 l’Assyrien Adad Nirari reconquiert les pays méditerranéens dont la Philistie, puis Tiglath Pileser III de 734 à 732. Ce dernier livre des guerres de conquête avec occupation des territoires répartis en provinces disposant de garnisons permanentes et de courriers signalant les révoltes. Il déporte de nombreuses populations. À la mort de Sargon II se produit un soulèvement général de toute la Palestine. Sennachérib, son fils, bat à Elteqeh, cette coalition dont les Philistins faisaient partie. Le roi d’Ashdod est livré aux Assyriens.
Nabuchodonosor (le Nebucadnetsar de la Bible) roi de Babylone est victorieux des Égyptiens à Karkemish et s’empare de toute la Palestine. En 604, Ashkelon est mise à sac et son roi emmené prisonnier, sa population déportée.
Depuis cette période, nous n’avons pratiquement plus d’élément de l’histoire des Philistins.

Découvertes récentes
(Live Science  07/2019)

Après avoir analysé l’ADN de dix anciens individus enterrés sur un des sites archéologiques philistins, une équipe internationale de chercheurs a découvert que les Philistins descendaient probablement de peuples de Grèce, de Sardaigne ou même d’Ibérie (aujourd’hui l’Espagne et le Portugal). Ces ancêtres ont migré à travers la Méditerranée à la fin de l’âge du bronze ou au début de l’âge du fer, il y a plus de 3 000 ans.

Image ci-contre : des étudiants américains en archéologie déterrent un squelette lors des travaux d’excavation du cimetière philistin au parc national Ashkelon. © REUTERS / Amir Cohen.

Mais ce signal génétique européen a été de courte durée. Une fois que les Philistins sont arrivés au sud du Levant, sur la côte de la Méditerranée orientale, ils se sont mariés avec les habitants locaux et, en l’espace de quelques siècles, cette empreinte génétique introduite au début de l’âge du fer n’est plus détectable et semble s’être diluée dans un pool génétique local lié au Levant.

L’image célèbre de la bataille navale, gravée sur les murs du temple de Medinet Habou. Relevé © Théo Truschel.
Le panneau mesure environ 6 x 12 m. On distingue plusieurs groupes précis de combattants ennemis, dont les inscriptions sont données comme les signes distinctifs d’un peuple en particulier ; les Peleset dont le nom survit dans le terme Palestine, les Shekeles et les Thekker avec leurs très curieux casques à plumes, ainsi que d’autres représentants des Peuples de la mer. Les Égyptiens tirent sur leurs ennemis. Ils abordent les vaisseaux : l’un d’eux est sur le point de couler ; dans un autre les marins se rendent. On accueille les survivants à bord des navires et sur le rivage, où ils sont rangés en longues files de prisonniers. Le pharaon, debout sur la tête des ennemis vaincus, domine la lutte avec un air martial.

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