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Bible, Histoire, Archéologie

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Histoire,
Archéologie

Selon les Saintes Écritures, après un séjour de plus de quatre siècles sur la terre de Goshen dans le Delta du Nil et une errance de quarante années dans la péninsule du Sinaï, les douze tribus d’Israël se tiennent sur la rive orientale du Jourdain au nord de la mer Morte, face à la ville de Jéricho. Elles sont prêtes à entrer dans « ce pays où coulent le lait et le miel ». Le livre de Josué qui nous rapporte cette conquête se présente comme la suite directe du Deutéronome, cinquième et dernier livre de la Loi (Pentateuque), qui se termine par la mort de Moïse (Du fait de la relation directe du livre de Josué avec les cinq livres du Pentateuque, certains historiens désignent cet ensemble par le terme Hexateuque).

Canaan : une question de toponymie

Comment faut-il appeler ce pays où les Hébreux vont entrer : Canaan, Israël ou Palestine ?
Chacun de ces termes désigne une réalité géopolitique différente.
Canaan désigne la région qui s’étend entre le Jourdain à l’est et la Grande Mer (Méditerranée) à l’ouest. Il s’agit d’un nom géographique qui ne préjuge pas de l’identité des populations qui y habitent.
Israël désigne aussi bien une entité politique qu’un peuple précis. Le livre de Josué nous rapporte la conquête et l’installation des douze tribus dans le pays de Canaan, mais la fondation d’un «véritable» État d’Israël n’apparaîtra que lors de l’instauration de la monarchie avec les deux premiers rois, Saül et David, au XIe siècle environ avant notre ère.

Image ci-contre : statue en bronze d’Hadrien découverte dans la région militaire de la VIe légion à Tel Shalem. Musée d’Israël. © Carol FollowingHadrian.

La Palestine trouve son origine probablement à l’installation dans cette région des Peleset, c’est-à-dire des Philistins, l’un des «Peuples de la Mer». Refoulés d’Égypte par Ramsès III en l’an 8 de son règne et par Merenptah vers 1208 avant J.-C. ces envahisseurs se sont installés sur la rive orientale de la Méditerranée. Il désigne le même territoire, mais ce terme (jamais mentionné dans la Bible) remplace celui de Canaan à une période beaucoup plus tardive. Même si les Grecs utilisent quelquefois ce mot, sans que nous sachions exactement ce qu’il désigne, ce sont les Romains qui vont imposer le terme administratif de Palestine (Provincia Syria-Palaestina) après avoir écrasé la révolte juive de Bar Kokhba en 135 de notre ère, sous l’empereur Hadrien, dans le but d’effacer dans le nom même le souvenir des États juifs qui s’y sont succédé. C’est seulement à partir du IVe siècle de notre ère que cette région sera désignée du seul nom de Palestina.

Un groupe de prisonniers philistins emmenés en captivité. Bas-relief gravé sur un des murs intérieurs du temple de Ramsès III à Medineh Habou. © Théo Truschel.

Canaan, du XVIe au XIe siècle avant J.-C.

Canaan – le mot provient certainement du terme Kinahu (la « pourpre »), en raison de la teinture produite d’un coquillage mollusque sur la côte phénicienne -, région stratégique du Levant sud, au carrefour de l’Asie et de l’Afrique qui représente tout au long de l’histoire un important enjeu économique, politique et commercial. Les fouilles archéologiques effectuées au Proche-Orient ont permis d’exhumer les traces du commerce des Phéniciens jusqu’en Afrique, d’où leur parviennent de l’ivoire et de l’or ; par ailleurs, on y retrouve des traces des conflits entre le Mitanni et l’Égypte, des campagnes militaires des Hittites contre les royaumes syriens et l’Égypte et même des incursions des Assyriens.
À partir du XVIe siècle avant notre ère, Canaan est placée sous l’influence politique directe ou indirecte de l’Égypte dont elle est séparée par la zone désertique du nord du Sinaï. Les Égyptiens emploient le terme de Retenou pour la désigner.

Image ci-contre : un buste d’Aménophis III. ©  Neues Museum de Berlin/Théo Truschel.

Les nombreuses campagnes menées par les pharaons du Nouvel Empire (1570-1070 avant J.-C.), le long de la côte méditerranéenne, ont permis à l’Égypte de faire passer sous sa tutelle plusieurs cités cananéennes dirigées par des roitelets. On retrouve d’ailleurs sur les murs des deux temples d’Amon à Karnak les listes d’un certain nombre de villes cananéennes prises et pillées par les pharaons Thoutmôsis Ier (vers 1524-1518 avant J.-C.) et Thoutmôsis III (vers 1504-1450 avant J.-C.). À partir de cette époque, la région, dont certaines parties sont directement gérées par l’administration égyptienne, se retrouve intégrée au Nouvel Empire et doit payer tribut avec d’autres territoires situés au nord du Levant. On constate aussi un mélange d’influences religieuses par l’apparition de divinités cananéennes en Égypte comme Astarté et, en Canaan, des temples érigés et dédiés à des divinités égyptiennes, à Gaza et Beth-Shean.

Image ci-contre : temple de Thoutmôsis III à Deir el-Bahari. Portrait du souverain coiffé du Khepresh sur un bas-relief en calcaire polychromé. Il faisait partie à l’origine d’une scène de présentation de quatre veaux en offrande au dieu Amon-Rê-Kamoutef. © Musée de Louqsor/Théo Truschel.

Les populations sont turbulentes, promptes à se révolter et à se libérer des tutelles étrangères, d’où des expéditions militaires menées fréquemment en Canaan et au nord du Levant. Nous avons des documents sur ces campagnes menées par les pharaons Aménophis II (vers 1453-1419 avant J.-C.) et Thoutmôsis IV (vers 1419-1386 avant J.-C.). Mais c’est surtout à partir du règne d’Aménophis III (vers 1386-1349 avant J.-C.), jusque sous les règnes de Toutânkhamon (vers 1334-1325 avant J.-C.) et Ay (vers 1325-1321 avant J.-C.), que nous sommes le mieux renseignés sur la situation sociale et politique de Canaan, grâce à la découverte fortuite, en 1887, des fameuses tablettes cunéiformes akkadiennes, exhumées dans l’éphémère capitale du pharaon Akhenaton (Aménophis IV). Même si le nom d’Israël n’est pas mentionné dans ces archives diplomatiques, ces tablettes nous renseignent sur les correspondances échangées entre plusieurs cités-États et la cour des pharaons dont elles sont les vassales. Elles décrivent les tensions, les rivalités et les luttes entre les différents petits royaumes cananéens.

Les ‘Apirou (ou Habirou)

Dans ces tablettes d’El Amarna, le roi de Jérusalem Abdiheba se plaint auprès de l’administration égyptienne que cette dernière préfère les ‘Apiru aux dirigeants des cités cananéennes, que les caravanes sont interceptées et que la ville de Jérusalem se retrouve pratiquement isolée (EA 287).
La mention ‘Apiru se retrouve déjà dans d’autres textes du Proche-Orient antique comme dans ce papyrus égyptien daté du Nouvel Empire : « Qu’on donne des rations aux soldats et aux ‘Apiru qui taillent la pierre de taille pour le grand pylône de Ramsès […] ».

Image ci-contre : une des nombreuses « lettres » exhumées à Tell el-Amarna et rédigée en akkadien cunéiforme. Sur cette tablette, le roi de Jérusalem, Abdi-Hepa, sollicite des secours contre des envahisseurs étrangers ‘Apiru. Les différentes tablettes de Tell el-Amarna ont été dispersées dans différents musées d’Europe et des États-Unis. © Neues Museum, Berlin.

Le mot ‘Apiru signifie « habitants des sables » et désigne des groupes nomades « en marge de la société urbaine cananéenne directement liée, en Canaan, à la puissance égyptienne » (André Lemaire).

Dans une tablette (EA 67), les ‘Apiru sont même comparés à « des chiens qui s’enfuient ». Considérés comme des hors la-loi, ils servent quelquefois de mercenaires auprès de certains rois, et le roi d’Hatsor est dénoncé pour s’être aligné avec eux (EA 148).

L’importance du rôle des ‘Apiru dans cette région du Proche-Orient ancien au XIVe siècle permet de mieux comprendre le contexte politico-social dans lequel ont vraisemblablement progressé les tribus d’Israël dans leur conquête, même si le rapprochement entre les ‘Apiru et les Hébreux reste très discuté par les historiens. Les investigations archéologiques de surface révèlent d’ailleurs une dépopulation particulièrement sensible à cette époque, dans les collines et les montagnes dominées par l’insécurité.

Pour en savoir plus

Théo Truschel, La Bible et l’archéologie.

Format : 24 x 30 cm – 330 pages
Éditeur Louis Faton, 2010.
 9782878441369

Cet ouvrage abondamment illustré présente le récit biblique depuis Abraham jusqu’à l’apôtre Jean et son Apocalypse.
Son originalité provient de la mise en parallèle de la tradition biblique avec les personnages historiques, de la Première Alliance comme de la Nouvelle Alliance, situés dans ce que nous connaissons aujourd’hui de cette civilisation et de celles des pays environnants. Les questions qui se posent sur l’écriture et la transmission des documents sont traitées dès le premier chapitre.
De nombreux hors-textes richement illustrés présentent les découvertes archéologiques en Israël, en Égypte, en Irak, en Iran, et leurs interprétations parfois controversées. Ils abordent l’étude spécifique des sites (Samarie, mont Ébal, Tanis, île Éléphantine), de certaines stèles (Mésha, Tell Dan, Merenptah) et de divers objets exhumés (grenade d’ivoire).

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