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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Le codex d'Alep

Le Codex d'Alep est la plus ancienne version connue de la Bible hébraïque selon la masorah. Il aurait été écrit entre 910 et 930 de notre ère.

Bien qu'il ne soit plus complet depuis 1947, il demeure la plus grande autorité en matière de masorah («transmission» «compter», ils ont compté les lettres), la tradition par laquelle les Écritures hébraïques ont été préservées à travers les générations, et donc le plus fiable concernant le texte biblique, sa vocalisation et sa cantillation.

Le 29 novembre 1947, l’ONU vote à une courte majorité la restauration  de l’État juif sur sa terre ancestrale. Des émeutes éclatent immédiatement dans le monde arabe. La très ancienne synagogue d’Alep est vandalisée et son trésor, le fameux codex, endommagé. L’ouvrage qui avait survécu à plus d’un millénaire d’histoire est en partie démembré (295 pages sur les 491 feuillets ont survécu). L’essentiel du livre sera cependant exfiltré de Syrie et récupéré en 1958 par l’État d’Israël grâce à l’initiative du président Itzaak Ben Zvi par des moyens dignes d’un roman d’espionnage.

La «Couronne» est le plus vieil exemplaire connu de Torah sous forme de codex. Le texte est daté avec plus ou moins de précision des années 920, même si la tradition de la communauté juive d’Alep faisait remonter le texte à l’époque du Second Temple. Les feuillets sont divisés en 3 colonnes de 28 lignes chacune. Il fut ensuite entièrement vocalisé et annoté par l’un des derniers membres de la grande famille des Ben Asher. Il est un précieux témoin du travail effectué par les Massorètes au Xe siècle pour vocaliser le texte biblique.

Le texte liturgique, la Torah écrite sur un rouleau parcheminé, ne présente ni ponctuation, ni signe indiquant de voyelle là où il pourrait y en avoir une. Tout le travail érudit des soferim puis des massorètes a été de permettre de fixer la vocalisation du texte consonantique. Cet immense effort a été entrepris pour lutter contre les menaces de l’effet de la dispersion.

Ce manuscrit  sert donc aujourd’hui de référence au texte sacré avec le Codex de Leningrad. Moïse Maïmonide (vers 1135-1204) a travaillé à partir de cet exemplaire lorsqu’il se trouvait à Fustat (le Caire) au XIIe siècle. Il écrivait ainsi : «L’œuvre sur laquelle nous nous reposerons, est bien connue en Égypte et contient vingt-quatre livres ; elle se trouvait auparavant à Jérusalem où elle servait à corriger les textes et tous se reposaient sur elle, car elle avait été révisée par Ben Asher lui-même ; il avait travaillé méticuleusement pendant de nombreuses années et l’avait relue de nombreuses fois.»

Le codex a beaucoup voyagé au cours de ce long millénaire. Nous le savons par la série de dédicaces retrouvées en fin d’ouvrage. Texte écrit par le scribe Shlomo ben Boya’a, relu et annoté par Aaron Ben Asher à Tibériade au Xe siècle, on trouve sa trace au siècle suivant à Jérusalem, offert par le caraïte Israël ben Simha de Bassora (Irak actuel). Lors du sac de la ville par les Croisés à la fin du XIe siècle, il sera vendu par les Francs moyennant une forte somme à la communauté de Fustat. C’est là que Maïmonide fuyant les persécutions almohades en Andalousie vient s’installer dans l’Égypte fatimide et rédiger son Mishneh Torah à l’appui de la Couronne. Le codex y restera jusqu’au XIVe siècle, date où il partira à l’initiative d’un des descendants de Maïmonide pour Alep.

Le Keter Aram Tzova est inscrit le 8 février 2016 sur la liste des biens culturels du patrimoine mondial de l'Unesco. La liste où il figure est le «Registre international des biens culturels sous protection spéciale»

Statue de Maïmonide à Cordoue (Espagne).
© Annesov.

Ci-dessus : une page du Deutéronome du codex d'Alep. Domaine public.

 

 

Ci-contre : un détail du texte du codex d'Alep. Domaine public