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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Nabuchodonosor II.
Sa politique au Levant, ses constructions.

Nabuchodonosor II est certainement le roi le plus connu de l’Empire néo-babylonien par ses campagnes militaires, les destructions opérées par ses armées, dont celle de Jérusalem mais aussi par les nombreux embellissements apportés à sa capitale : Babylone.

Nabopolassar (626-605 avant J.-C.) se révolte contre l’Assyrie et fonde l’Empire néo-babylonien ; avec la prise, le pillage et la destruction d’Assur (-614), de Ninive (-612) et de Harran (-610), l’Empire assyrien a cessé d’exister.

Son fils, Nabuchodonosor II (Le Nebucadnetsar de la Bible, 605-562 avant J.-C.) poursuit son objectif de mainmise sur tout l’ancien Empire ; il se heurte alors aux ambitions de l’Égypte et de son pharaon Néchao II pour le contrôle du Levant. En 605 avant J.-C., une bataille l’oppose aux Égyptiens à Karkemish ; ceux-ci, battus, se replient dans la vallée de l’Oronte et sont écrasés près de Hamat. La Syrie-Palestine tombe alors dans la zone d'influence babylonienne. En 604 avant J.-C., le roi de Babylone s'empare d'Ascalon; le roi de Juda lui est soumis. En 601 avant J.-C. nouvelle intervention au Levant, à la frontière égyptienne, mais qui fut cette fois un échec.

Nabuchodonosor II et Jérusalem

Cette situation incita à la rébellion, notamment le roi de Juda Yehôyaqîm qui cessa de payer le tribut ; il fut vaincu et emmené captif à Babylone avec quelques membres de l'aristocratie judéenne dont le prophète Daniel. La Bible nous rapporte que les compétences de Daniel lui valurent de devenir un haut responsable de l’administration néo-babylonienne, ce qui s’accorde avec ce que l’on connait des pratiques à cette époque  (Daniel 1,1). Les chapitres 2 et 7 du livre de Daniel nous rapportent l'explication des songes que Daniel donna à Nabuchodonosor II.

Yéhôyakîn, fils de Yehôyaqîm, refusa à son tour le tribut. Nabuchodonosor envoya ses troupes assiéger Jérusalem qui tomba en mars 597 avant J.-C. Le roi, le prophète Ézéchiel, de nombreux dignitaires, des ouvriers qualifiés sont déportés à Babylone (2 Rois 24,11-17), soit environ 10 000 personnes.

Nabuchodonosor nomma sur le trône de Juda, Sédécias (frère de Jojakin) qui lui prêta allégeance. Mais, en dépit des avertissements du prophète Jérémie, Sédécias se révolta à son tour 9 ans plus tard. La ville fut assiégée puis prise après un siège de deux ans, le 9 Tammuz = 29 juillet 587 avant J.-C.

La Bible donne les noms et les fonctions des dignitaires babyloniens qui entrèrent à Jérusalem en vainqueurs dont le « simmagir » (gouverneur de la province du même nom et futur roi Nériglissar) et un certain Nebo Sarsekim, eunuque en chef (Jérémie 39,3, voir image et légende ci-contre).

La ville fut pillée, le Temple détruit ainsi que les murailles ; le palais du roi et de nombreuses habitations incendiées. Une déportation massive de la population fut effectuée tandis que le roi Sédécias, comparaissait à Ribla devant Nabuchodonosor, où il vit ses fils égorgés avant d’avoir les yeux crevés puis d'être amené captif à Babylone  (2 Rois 24,25 ; 2 Chroniques 36,5-21, etc.). Jérémie, épargné, put rester au milieu de son peuple.

C’est la fin du royaume de Juda. Babylone représente alors pour les Juifs l’image de l’Exil et de la Diaspora.

Le contrôle de Babylone sur le Levant fut aussi affermi en Transjordanie et sur certaines cités phéniciennes qui s’étaient ralliées à l’Égypte. La ville de Tyr subit un siège de 13 ans avant que son roi ne se soumette. Dès lors toute la Phénicie et le Levant sont sous contrôle babylonien jusqu’à l’avènement de l’Empire perse.

  • Nabuchodonosor II, le bâtisseur

    Nabuchodonosor fut un grand constructeur. À Babylone ses travaux portent d’abord sur la réalisation d’une double ceinture de « murailles-digues » pour protéger la ville de toute attaque, mais aussi des inondations possibles de l’Euphrate. Poursuivant l’œuvre de son père, il achève le Palais nord, sur l’esplanade de laquelle il dispose les statues et trophées symboliques ramenés des campagnes militaires victorieuses. Le Palais sud (200 pièces dont la salle du trône), la Voie processionnelle et la porte d’Ishtar sont également aménagés.

    Le roi de Babylone insiste beaucoup dans ses inscriptions sur le fait qu’il bénéficie de la faveur des dieux ; mais pour l’acquérir il doit veiller au fonctionnement régulier des temples, des offrandes alimentaires et à l’entretien des statues divines. Un effort particulier est entrepris en faveur de Marduk, le dieu tutélaire de Babylone et de son temple l’Esagil (« le temple dont la tête est élevée »). Il était à la fois sa résidence et celle des divinités de son entourage logées dans des chapelles adjacentes à la « cella » principale. Au nord de l’Esagil, dans une enceinte séparée se trouvait la ziggurat couplée au temple, nommée l’Etemenanki (« le temple fondement du ciel et de la terre ») qui comportait six étages plus une chambre sacrée au sommet.

    Le niveau supplémentaire de cette « tour de Babel », mis en place par Nabuchodonosor, portait la hauteur de l’ensemble à 90 m pour en faire une pyramide parfaite. Les fouilles ont permis de retrouver la base de la pyramide (disparue complètement sous Alexandre le Grand) et elle s’inscrit bien dans un carré de 90 m de côté. Cet édifice monumental qui dominait la ville était visible à plusieurs dizaines de km de distance. Le roi fit aussi embellir de nombreux temples disposés dans tous les quartiers de la ville (une quarantaine de temples) et dédiés aux diverses divinités. Ainsi la déesse Ishtar est vénérée dans au moins huit temples, le dieu Nabu, dans quatre temples. Les autres villes de Babylonie bénéficièrent aussi des largesses du roi.

    La Bible nous rapporte que Nabuchodonosor semble avoir été atteint de lycanthropie, folie dans laquelle le malade s’imagine être un animal (Daniel 4). Il recouvrit la raison sept ans plus tard et mourut vers 562 avant notre ère, après un règne de 43 ans. Cet épisode n’a toutefois pas trouvé de confirmation dans les documents archéologiques jusqu’à ce jour.

La porte d'Ishtar. © Théo Truschel.