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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Alphabet samaritain

Les Samaritains

Les Samaritains sont un peuple mentionné dans les Écritures, aussi bien dans l’Ancien Testament (2 Rois 17,29, etc.) que dans les Évangiles (Jean 4,9, etc.). Ils forment, aujourd’hui, avec moins d’un millier de personnes l’une des plus petites communautés ethniques et religieuses au monde. Installés dans la région de Naplouse, ces descendants de certaines tribus d’Israël, qui ne sont ni Juifs ni arabes, tentent de préserver leur identité dans un Proche Orient complexe.

 " Dans la première année de mon règne […] j’assiégeais et capturais la ville de Samarie. J’emmenais captifs 27 290 de ses habitants. J’emportais 50 de leurs chars, pour ajouter à ma force royale […] Je retournais et fis plus que m’installer de manière formelle. J’établis sur eux mes officiers comme gouverneurs. Je leur imposais un tribut et des impôts, selon la coutume assyrienne ".

(Annales de Sargon II).

En 722-721 avant notre ère, les Assyriens détruisent Samarie, mettant fin du même coup au royaume du Nord d’Israël. Sargon II, dans ses Annales, déclare avoir déporté « 27 290 Israélites », qui sont emmenés en exil tandis qu’il introduit des colons venus de Babylonie, de Hamath (2 Rois 17, 24) et d’Arabie. Ces gens s’installent dans le centre d’Israël, qui devient la province de Samarina (Samarie) et se mélangent avec le reste de la population épargnée par la déportation.

La Bible nous rapporte que des bêtes sauvages sévissent dans la région : les nouveaux colons sont persuadés que ces malheurs doivent être attribués à l’Éternel, le Dieu des Israélites, dont ils ignorent le culte. Le roi d’Assyrie, informé de cette situation, leur envoie un prêtre israélite afin de les enseigner dans la religion de l’Éternel. Mais le prêtre ne peut les persuader d’abandonner leurs idoles ; la population mélange ses cultes avec celui de l’Éternel et maintient ce culte mixte probablement jusqu’à la chute de Jérusalem en 586 avant notre ère. Le roi assyrien Assar-Haddon poursuit la politique de déportation de son grand père Sargon II (Esdras 4, 2) et Assourbanipal achève la colonisation en ajoutant à la population de Samarie des gens de l’Élam et d’ailleurs (Esdras 9, 10).

Lorsque les Juifs reviennent d’exil à la fin du Ve siècle avant notre ère, les Samaritains proposent leur aide pour la reconstruction du Temple, de la ville et des murs de Jérusalem, mais Zorobabel et Josué rejettent leur offre. Une véritable hostilité se développe entre les Juifs et les Samaritains. Ces derniers réussissent, par leurs délations et leurs calomnies, à faire interrompre les travaux jusqu’à la deuxième année du règne de Darius Hystape (vers 250 avant notre ère). Néhémie arrive à bout des obstacles qui provoquent une scission complète, politique et religieuse avec les Samaritains.

Alphabet hébreu dit hébreu "carré"

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Ci-dessous : les fouilles archéologiques sur le site du temple samaritain du mont Garizim. © D.R.

  • Les Samaritains à l'époque inter et néo testamentaire

    Des recherches récentes concluent que les Samaritains du Nouveau Testament ne seraient pas uniquement les descendants physiques et religieux des colons établis par Sargon II et les autres rois assyriens. On pense que l’origine des Samaritains du temps des Évangiles remonterait au temps de la réoccupation de Sichem au IVe siècle avant notre ère. Selon Flavius Josèphe (Antiquités juives 11.8.7), des Juifs chassés de Jérusalem par des mesures disciplinaires se réfugient parmi les Samaritains, qui les accueillent et les font participer au culte dans le temple rival de celui de Jérusalem, érigé sur le mont Garizim. Lors des persécutions d’Antiochus Épiphane, les Samaritains composent avec le tyran et déclarent vouloir consacrer leur temple à Jupiter.

    Vers 128 avant notre ère, le roi hasmonéen Jean Hyrcan détruit Samarie après un siège d’un an, s’empare de Sichem et détruit le temple, qui subsistait sur le mont Garizim (Antiquités juives 13.9.1). Les Samaritains continuent, malgré tout, à célébrer leur culte sur son emplacement et ce jusqu’à nos jours. Il en était ainsi au temps du Nouveau Testament.

  • Le Pentateuque samaritain

    Le principal reproche que les Juifs adressent aux Samaritains est le rejet de tous les livres du Tanakh, des traditions rabbiniques et de la loi orale compilée dans la Mishna et la Gemara, à l’exception de la Loi contenue dans le Pentateuque et du Livre de Josué qui lui fait suite.

    Les Samaritains possèdent un Pentateuque en hébreu que mentionnent Jérôme, Eusèbe et d’autres Pères de l’Église. La plupart des rouleaux samaritains contenant le Pentateuque entier ou partiellement ne sont pas tenus pour antérieurs au Xe siècle de l’ère chrétienne ; un ou deux des rouleaux conservés à Naplouse (l’ancienne Sichem) passent pour plus anciens. Les divers rouleaux samaritains sont écrits en caractères analogues à ceux des monnaies de l’époque des Maccabées, caractères que les Israélites employaient avant l’introduction de l’hébreu dit « carré ». Le texte samaritain diffère souvent du texte hébraïque des Massorètes.

    À quelle date les Samaritains entrent-ils en possession de ce texte et de quelle façon? D’après une opinion ancienne encore très accréditée, ils auraient copié un écrit sacré qu’ils possédaient antérieurement au schisme de 931 avant notre ère, ce qui signifierait que l’existence des Samaritains ne daterait pas de la déportation ordonnée par Sargon, mais qu’il existait peut-être déjà à cette époque une communauté samaritaine dissidente du culte de Jérusalem.

    Dans Deutéronome 27, 4, Moïse ordonne au peuple, quand il aura traversé le Jourdain, de dresser un autel composé de « pierres brutes » (non taillées) sur le mont Ébal, de les enduire de chaux et d’y écrire la Loi. Afin d’augmenter la vénération pour leur montagne sacrée, les Samaritains auraient remplacé dans leur version le mont Ébal par le Garizim (Pr Adam Zertal de l’université de Haïfa). D’autres variantes sont moins importantes. Il y a environ 1600 passages où le texte samaritain concorde avec la Septante et non avec les écritures hébraïques, ce qui indique que la Septante traduit un texte hébreu très analogue à celui des Samaritains.

    Selon une autre tradition, le Pentateuque leur aurait été donné par le prêtre chargé d’instruire les colons amenés d’Assyrie pour repeupler la Samarie après la déportation des Israélites, vers 722 avant notre ère (2 Rois 17, 28). Il est aussi possible que le Pentateuque samaritain ait été apporté de Jérusalem par un prêtre dissident, à l’époque où fut construit le temple du mont Garizim (Antiquités juives 11.7.8). La forme des caractères et le changement du mont Ébal en celui de Garizim étayeraient cette dernière hypothèse.

    Les Samaritains sont restés fidèles à leur version de la Torah dont ils prétendent encore aujourd’hui qu’elle est supérieure à celle transmise par les Massorètes et qu’elle daterait d’avant le schisme de 931 (?). Ils pratiquent la circoncision et respectent le sabbat. Les Samaritains possèdent aussi une version arabe du Pentateuque datant du XIe ou XIIe siècle de notre ère, ainsi qu’un livre de Josué, basé sur l’écrit canonique du même nom et transcrit vers le XIIIe siècle de notre ère. Il ne faut pas confondre le Pentateuque samaritain avec une version du Pentateuque en dialecte samaritain du début de l’ère chrétienne.

    Une faible communauté de Samaritains a survécu jusqu’à nos jours dans la région de Naplouse. Elle est composée de deux groupes, dont l’un vit dans le village de Kyriat Luza sur leur montagne sainte, le Garizim (dans les territoires palestiniens) et l’autre à Holon en Israël. Aujourd’hui, la communauté samaritaine est divisée en huit « maisons patriarcales », dont quatre sont issues d’une maison parente des Danafis (tribu de Dan), les autres étant Lévi (la plus importante), Tsedaka (Manassé) et Marhib (Ephraïm). L’État d’Israël les reconnaît comme Juifs bien qu’ils ne se considèrent pas comme tels. Ils se nomment Samaritains israélites. Ils attendent l’avènement du Taheb, fils de Joseph, le Mashia’h (« Messie » en grec) semblable à Moïse (Deutéronome 18, 15).