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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Des fragments de tissu du Xe siècle av. J.-C.

Une équipe d’archéologues de l’Université de Tel-Aviv a mis au jour sur le site de Timna dans la vallée de l’Arava, des dizaines de fragments de tissu datant de la période du royaume d’Israël, du XIIe au Xe siècle av. J.-C. Selon les chercheurs, le Pr. Erez Ben-Yossef de l’Université de Tel-Aviv et le Dr. Naama Sukenik de l’Autorité des Antiquités d’Israël, ces étoffes, les seules de cette époque découverts dans le Levant, projettent une première lumière sur les vêtements de la période biblique.

© Le Département d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv.

«Timna est un site unique, qui n’a pas d’équivalent, ni en Israël ni ailleurs au Levant », explique le Pr. Ben-Yosef. «La sécheresse extrême qui y règne a permis la conservation d’artefacts organiques […]. Nos fouilles y ont débuté il y a quatre ans, et cette année (2016), nous avons trouvé des dizaines de pièces de textile datant du Xe siècle av. J.-C., en allant de simples morceaux de sacs jusqu’à des vêtements luxueux, raffinés, surprenants pour l’époque».

Selon la Bible, les mines de cuivre de Timna étaient exploitées par des Édomites (Deutéronome 8,9) sous le contrôle de Jérusalem […]. Les chercheurs pensent qu’une garnison militaire de Jérusalem devait stationner dans la région, avec pour rôle de superviser l’extraction du cuivre, de défendre le site et de collecter des impôts auprès des Édomites.

  • Laine de mouton, poils de chèvre et lin

    Le cuivre revêtait une grande importance dans le Levant du Xe siècle av. J.-C. Il servait à fabriquer aussi bien des outils agricoles que des armes. Son importance était comparable à celle du pétrole d’aujourd’hui. Nous possédons suffisamment de preuves archéologiques pour établir que les personnes qui vivaient et travaillaient dans la région des mines n’étaient pas de simples esclaves, mais une élite qui comprenait des experts en métallurgie, des responsables civils et militaires qui dirigeaient ce travail complexe et exigeant. Dans le passé, on estimait que la population de cette région était constituée de simples nomades. Aujourd’hui, nous nous trouvons en présence de preuves de l’existence d’une société hiérarchisée et sédentaire, ce qui correspond d’ailleurs au récit des textes bibliques et extrabibliques.

    Les tissus retrouvés sur le site étaient tissés dans trois types de fils : de la laine de mouton, des poils de chèvre et du lin. Ceux-ci, bien sûr, n’étaient pas une production locale de Timna, les moutons et les chèvres ne pâturaient certainement pas sur place, ce qui signifie que tous ces matériaux étaient importés vers les mines, comme c’était d’ailleurs le cas pour d’autres éléments organiques mis au jour sur place, tel que des arêtes de poisson. Outre les pièces de vêtements, on a également découvert sur le site d’autres tissus provenant de sacs et de selles. Toutes ces pièces ont été transférées au laboratoire archéologique de l'Université Bar Ilan.

  • Une qualité surprenante pour l'époque

    «Nous avons trouvé des textiles de deux qualités différentes », explique l’étudiante de maîtrise Vanessa Workman. «D’une part des tissus bruts, en général en poil de chèvre, et de l’autre des tissus teints en laine, comportant de fines bandes décoratives. Le Dr. Naama Sukenik, notre partenaire de recherche à l’Autorité des Antiquités, qui a effectué des analyses de ces couleurs dans les laboratoires de l’Université de Bar-Ilan, a affirmé qu’il s’agit de l’exemple le plus ancien en Israël de teinture végétale. N’oublions pas que Timna était un site industriel d’extraction minière au milieu du désert. Y trouver des tissus de laine teints dans diverses nuances de rouge et de bleu, est une preuve supplémentaire de la richesse introduite par cette industrie et du prestige du cuivre à cette période».

    «Lorsque le Dr. Orit Shamir, chercheur à l’Autorité des Antiquités d’Israël, a vu ces textiles pour la première fois» rapporte le Dr. Ben-Josef, «elle a souligné leur étonnante similitude avec les tissus romains à cause de la qualité élevée de tissage et de teinture surprenante pour l’époque. D’après le contexte, nous supposons que ces vêtements étaient portés par les forgerons eux-mêmes pendant qu’ils travaillaient à la fusion du cuivre dans les fourneaux. Les grandes connaissances techniques nécessaires à cette activité, et l’élément de rituel religieux qui faisait sans aucun doute partie du processus de transformation de la pierre en métal, donnaient aux forgerons un statut spécial dans la société antique dans laquelle ils vivaient».

    Ces pièces rares de tissu viennent s’ajouter à une collection exceptionnelle d’objets organiques bien conservés découverts récemment à Timna par la mission archéologique du Pr. Ben-Yosef, comprenant des morceaux de cuir tanné, des cordes, des tressages, des graines de céréales et des fruits des « sept espèces » de la terre d’Israël nommées dans la Torah : froment, orge, raisin, figue, grenade, olive et miel. «La préservation rare de la matière organique à Timna ouvre une fenêtre vers un monde nouveau, qui était jusque-là totalement absent des sites de la période biblique. Elle ouvre de nouveaux axes de recherche, comme l’étude de l’ancien ADN ou la reconstitution du processus de domestication des animaux».

    Le Pr Ben-Yosef précise «qu’il s’agit de l’exemple le plus proche dont nous disposons de la façon dont on pouvait s’habiller au temps de David et de Salomon ». « On peut supposer que dans cette société qui vivait dans la vallée de l’Arava au Xe siècle av. J.-C., on tissait et on s’habillait de la même manière qu’à Jérusalem. Si la région dépendait bien de la capitale comme il est mentionné dans le récit biblique, il est tout à fait vraisemblable que les tissus eux-mêmes en provenaient. Ce sont les seuls textiles de cette époque découverts dans tout le sud du Levant. On n’a jamais découvert d’échantillons de tissus même à Jérusalem […]».