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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

L'apôtre Paul

« Dieu m’a mis à part dès le sein de ma mère » écrit Paul vers l’âge de cinquante ans (Galates 1,15). Paul a été l’objet d'une préparation exceptionnelle. (Philippiens 3,4-6; Actes 21,39-22).

Le cadre familial

Nous tenons de l’apôtre lui-même la plupart des rares données certaines sur ses premières années :

- Né à Tarse, capitale de la province grecque de Cilicie, (sans doute vers l’an 5 à 10 de l’ère chrétienne). Il est citoyen romain de par son père. Ses tria nomina ne sont pas connus.

- D’une famille juive de la diaspora ou helléniste 1.

- De la postérité d'Abraham (circoncis le 8e jour, conformément à Genèse 17,10-12). Famille juive de sang pure en ligne paternelle comme maternelle.

- Du peuple d’Israël, tribu de Benjamin (la tribu fidèle à Juda lors du schisme (1 Rois 12,21 et suivants), porteur du nom le plus illustre de cette tribu (spécialement mentionné par Paul dans Actes 13,21) celui du roi Saül, ou Saul (qui signifie Désiré). Les racines de la famille se situeraient au nord de la Galilée, à Giscala.

- De la secte des pharisiens (Actes 26,5).

- Très attaché au judaïsme (Philippiens 3,4-6) et à sa nation (Hébreu, fils d’Hébreux). Comme tout enfant juif, dès l’âge de cinq ans, ses parents lui apprennent certainement à lire hébreu dans la Torah, à observer les prescriptions légales, à fréquenter la synagogue et à respecter le sabbat. À 13 ans il devient un « Bar-mitsva 2 », fils du commandement, avec la cérémonie qui l’introduit dans le peuple juif. Il fréquente l’école de la synagogue où on lit le Tanakh, soit en hébreu soit en grec dans la traduction officielle de la Septante. Il apprend le grec, langue de communication et des affaires en Orient, et le latin, obligatoire pour un citoyen romain.

- Saul n’est pas fils unique. On lui connait au moins une sœur (voir Actes 23,16 : intervention du « fils de sa sœur » et un frère : Rufus, présent à Rome lors de son premier emprisonnement.

- Il a reçu une éducation sportive, (voir les nombreuses allusions aux concours sportifs dans ses Épîtres). Il sera capable de nager un jour et une nuit après un naufrage (2 Corinthiens 11,25).

1- Vivant hors de Palestine et parlant grec.

2- Bar-mitsva, mot araméen, appelé aussi communion juive. Pour le garçon, c’est le moment où il atteint sa majorité religieuse et où il compte comme une personne dans la constitution d’un miniane* permettant un office collectif. Pour les filles, c’est à l’âge de 12 ans, sans cérémonie particulière.
     * Dans le judaïsme, le miniane est le quorum de dix adultes nécessaire à tout office religieux.

La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs de Rome, construite sur le tombeau présumé de Paul.

© Berthold Werner.

  • Les études

    Destiné à devenir rabbin, il fait ses premières études dans sa famille ou à l’école du quartier juif. Comme tout futur rabbin, il apprend un métier manuel, celui de tisserand faiseur de tente. Une règle rabbinique établissait que « I’homme a le devoir d’enseigner à son fils un métier; quiconque n’enseigne pas un métier à son fils, lui apprend à devenir un voleur» (Tosephta).

    Les plus célèbres docteurs de la loi exerçaient un métier. On finira par forger l’aphorisme suivant : « Rabbin Gamaliel dit : c’est une belle chose que l’étude de la Loi unie à un métier manuel, parce qu’en s’occupant de l’une et de l’autre, on oublie le péché. Toute étude de la Loi qui n’est pas unie à un travail est vaine et pousse au péché» (Aboth 11,12). Ce métier assure à Paul une insertion sociale, un gagne-pain qui le rendra indépendant de ses communautés (Actes 20,34) enfin un contact avec le monde du travail si méprisé de l’aristocratie gréco-romaine.

    Le grec est sa langue ordinaire. Non certes le grec attique ou classique mais le grec «commun» (koïné) de tous les jours. Son grec ne sera jamais de classe exceptionnelle, mais tout de même celui d’un homme cultivé du Ier siècle, capable de disserter de sujets sérieux, sans recherche ou souci d’élégance, et cependant atteignant parfois des sommets. Il va continuer brillamment ses études  à Jérusalem auprès du grand théologien Juif Gamaliel 3, la lumière de la Loi (d’après le Talmud) (Galates 1,14). C'est aussi là qu'il apprend l'araméen pour lire les anciens textes.

    Gamaliel n’est pas un inconnu : dans le livre des Actes, Luc le présente en ces termes : «c’était un Pharisien du nom de Gamaliel, un docteur de la Loi estimé de tout le peuple» (Actes 5,33). Nous connaissons son apaisante intervention en faveur des apôtres (Actes 5,34-39). La tradition nous rapporte que c’est lui qui aurait introduit le Tanakh en grec à Jérusalem. Paul a été marqué par cet homme intelligent et ouvert, successeur du célèbre rabbin Hillel. Gamaliel restera honoré au point qu’on dira que «...depuis sa mort, I’honneur de la Loi a cessé, la pureté et l’abstinence se sont éteintes...».

     

    3- Gamaliel l’Ancien, petit-fils de Hillel, haute autorité du judaïsme.

  • Tarse, ville grecque

    Tarse, ville grecque d’origine, est à l’époque impériale une cité libre et non une colonie. C’est là que naquit le futur apôtre Paul.

    Tarse est une ville commerciale située à un carrefour d’échanges entre les mondes grecs, le plateau anatolien, la Syrie et l'Égypte. Sa situation géographique lui permet d’accéder facilement aux laines de Cilicie et au fer du Taurus par la route qui relie Éphèse à la Syrie au travers des portes ciliciennes taillées dans le roc.

    L’élargissement du fleuve Cydnus en un lac abrité a permis le développement d’un port, terme de la route maritime d’importation du blé et du lin égyptiens.

    D’Asie étaient acheminés les épices, les parfums et les soieries de l’Inde et de la Chine.

    À l’époque romaine, l’artisanat textile occupe une grande place à Tarse, ainsi que le commerce des tissus de laine et de lin. C’est ce qui rend probable le fait que la famille de Paul pratiquait ces activités, avec des relais dans différentes villes et que Paul ait appris le métier de faiseur de tente.

    La vie religieuse à Tarse était marquée par la célébration des cultes à mystères, les magies d’Attis et de Cybèle ; le de Mithra donnait lieu à des processions où les adeptes s’aspergeaient du sang des victimes.

    Enfin Tarse se vantait de posséder une université sur le modèle de celle d’Athènes. Cependant, il n’est pas sûr que dans ce centre d’instruction très célèbre, Paul ait étudié la littérature grecque, tenue pour immorale par les Juifs. Ses quelques citations littéraires sont des proverbes courants (Actes 17,28 ; 1 Corinthiens 15,33 ; Tite 1,12). Mais sa connaissance du paganisme procure au futur apôtre deux constatations fondamentales : d’abord l’impureté de l’idolâtrie, ensuite le fond de révélation divine commun à tous les peuples, visible dans la nature (Romains 1,20) et dans la conscience (Romains 2,14-15). C’est ce qui lui fit comprendre l’universalisme de la grâce, et le mit à l’avant-garde, plus encore que les autres Apôtres, dans l’évangélisation des Gentils (Actes 13,46-47).

    Nombre de Juifs avaient le titre de citoyens à Tarse, ville libre. Citoyen romain : privilège héréditaire que Paul revendique (Actes 22,27-29) non moins fièrement que son origine tarsienne (Actes 21,39) (Voir Paul, citoyen romain). Citoyen aussi de cet Empire législateur, colonisateur et pratique, qui embrasse toutes les civilisations par le réseau de ses routes et de son administration centralisée, Saul de Tarse a le goût des voyages, indispensable à l’œuvre qu’il accomplira et son titre de citoyen romain sera son passeport partout dans le monde. Aussi se sentir a-t-il débiteur à l’égard des Romains comme des Grecs (Romains 1,14). (Voir Chronologie de la vie de Paul).

  • Les dernières années

    Le premier emprisonnement à Rome

    En tant que citoyen romain, Paul fait appel à l'empereur pour son jugement. Il est donc transféré de Césarée à Rome. Paul arrive à Rome avant ses accusateurs et obtient de les attendre en résidence surveillée, sous la garde d’un soldat.

    Il retrouve les amis et parents qui avaient quitté Éphèse en 54 et reconstitué une église de maison, des membres de sa famille aussi certainement puisque la « Compagnie de Tarse » avait un bureau sur le Forum.

    Les Juifs rencontrés à Rome n’avaient reçu aucune lettre de Judée et aucun ne se montrait défavorable à Paul. Les Juifs à Rome formaient une nation éclatée, sans unité, ni esprit nationaliste au contraire de la communauté d’Alexandrie.

    L’attente se prolongea deux ans et personne ne vint soutenir l'accusation (?). Après ce délai, Paul se retrouva libre, bien que la prescription n’existe pas encore chez les Romains. Peut-être que devant l’engorgement des tribunaux, l’empereur avait-t-il décidé de liquider les dossiers sans faire comparaitre les parties ?

    Paul repartit donc de Rome, mais nous n’avons plus de témoignages antiques de cette période de sa vie.

    Clément, évêque de Rome à la fin du premier siècle et témoin direct de la période apostolique, parle d’une mission en Espagne. Mais les dernières années de Paul se situent en Asie et c’est là, certainement à Éphèse, que l’apôtre fut arrêté pour la deuxième fois.

    La deuxième arrestation de Paul

    Elle eut lieu très certainement en Asie, à Éphèse et pour subversion. Le proconsul prend très vite la décision de l’envoyer à nouveau devant le tribunal impérial.

    Le transfert se fit par voie terrestre, voyage long et pénible, lors duquel l’apôtre fait l’expérience d’un isolement et d’un dénuement extrême. À l’arrivée, il est emprisonné dans la caserne des prétoriens et comparait devant le préfet du prétoire (Tigellin, de sinistre réputation), dont l’autorité s’étend aux délits d’opinion.

    Néron considère sa personne comme sacrée, aussi, à partir de 62, a-t-on remis à l’honneur «la loi de majesté» pour punir les offenses à l’empereur, et notamment le refus de cette nouvelle idolâtrie qui s’attache à l’empereur-dieu.

    Paul est accusé de pratiques magiques comme l’exorcisme et le prophétisme. Cette accusation revêt à cette période des implications politiques assimilées à de la subversion. Les sectes religieuses ou philosophiques, premières visées, se déchirent. L’atmosphère de délation et de peur à Rome dans les années 66-68 explique l’éclatement du groupe des chrétiens autour de Paul (voir 2 Timothée).

    Paul fut condamné, conduit à la sortie de Rome sur la route d’Ostie et exécuté.