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Ci-dessus : une vue générale du Forum romain. © Luca Bellincioni.
Ci-dessous : l'arc de Titus, face est. © Cassius Ahenobarbus.

Collection particulière. © Jean-Guy Kauffmann.

Avers :

IMP CAESAR VESPASIANVS AVG

Denier IVDAEA CAPTA.

Revers :

IVDAEA

Judée [capta]

L'entreprise italienne Unocal srl Tecnology and Innovation en train d'effectuer un scan numérique en 3D du relief du défilé des objets du Deuxième Temple bâti par Hérode le Grand. © Steven Fine.

L'arc de Titus à Rome et la dynastie flavienne

L’arc de Titus est un monument situé sur la Via Sacra, à l’extrémité orientale du Forum romain, sur la colline de la Velia. Il a été érigé en 81/82 par l’empereur Domitien peu après la mort de son frère aîné Titus pour commémorer les victoires de ce dernier, notamment le siège de Jérusalem (70). Ce monument a servi de modèle à de nombreux arcs érigés par la suite.

Vespasien reçoit en 67 de Néron la légation impériale de Judée (gouverneur ou représentant militaire de l’empereur dans les provinces) pour mater, par tous les moyens, la guerre judéo-romaine qui avait éclaté en août 66.

Ce soulèvement que les historiens nomment parfois la Première révolte juive (66 à 73) surgit à la suite de maladresses, de corruptions successives des différents procurateurs romains qui se sont succédés de 44 à 66, à la tête de ce territoire sous contrôle direct de Rome depuis l’an 6. La province couvrait la Galilée, la Samarie, la Judée, l’Idumée et au-delà du Jourdain, la Pérée.

En 66, le procurateur Gessius Florus prélève 17 talents (1 talent d’argent = environ 30 kg) dans le trésor du Temple. Cet incident et, selon Flavius Josèphe, le refus des prêtres d’offrir un sacrifice pour le compte de l’empereur entraînent une réaction en chaîne : révoltes et représailles aboutirent très vite à la guerre.

Le gouverneur de Syrie Cestius Gallus (64-66) vient attaquer Jérusalem insurgée. Il échoue et sur le retour, tombe dans une embuscade, non loin de Beth-Horon, avec sa XIIe légion Fulminata ; il perd plus de cinq mille légionnaires et presque quatre cents cavaliers.

La campagne militaire

Vespasien, accompagné de son fils Titus, ayant acquis lui aussi le titre de légat en 67, débute sa guerre par la Syrie avec trois légions ainsi que la XIIe légion cantonnée sur place (environ 60 000 hommes avec les auxiliaires) , puis descend vers la Galilée où il reçoit la reddition du général des troupes juives de la région, Yossef ben Matityahou (Josèphe, fils de Mattatias), lors du terrible siège de la citadelle de Jotapata (printemps 67). Ce dernier rallie la cause romaine et prendra plus tard le gentilice des Flaviens sous la forme de Flavius Josèphe (Titus Flavius Josephus). Il laisse dans l’histoire plusieurs ouvrages historiques, apologétiques et autobiographiques qui nous donnent d’importantes informations sur l’histoire du peuple juif et des Flaviens avec lesquels il terminera son existence à Rome, vers 100.

En mars 68, Vespasien, poursuivant sa campagne, soumet la Pérée, occupe Antipatris, Lydda, Jamnia, Emmaüs, traverse la Samarie et descend sur Jéricho. Au printemps 69, Vespasien s’approche de Jérusalem. À l’exception de la capitale, de l’Hérodion, de Massada et de Machéronte qui sont des forteresses, la Judée est pratiquement soumise aux Romains.

Vespasien cesse momentanément les opérations militaires à l’annonce de la mort de Néron (9 juin 68) et attend prudemment l’évolution de la situation.

En 69, pendant la guerre civile qui sévit à Rome et dans laquelle s’opposent quatre prétendants au trône (l’Année des quatre empereurs), Vespasien est acclamé empereur (juillet 69) par les légions d’Orient cantonnées en Égypte puis par celles du Danube.

Vespasien, pressé de se faire reconnaitre, quitte la Judée pour Rome afin de recevoir l’investiture impériale. C’est Titus qui est chargé d’achever la pacification et surtout de s’emparer de Jérusalem qui tombe en août 70 après un terrible siège. Le fameux Temple agrandi et embelli par Hérode le Grand ainsi que la ville sont complètement détruits, leurs trésors pillés et plusieurs dizaines de milliers de Juifs sont déportés comme esclaves, livrés aux bêtes ou aux combats de gladiateurs dans les jeux du cirque.

Le bilan de la révolte est très lourd. Près d’un tiers de la population juive de Palestine (la moitié selon d’autres sources) est exterminée. Tant l’historien et sénateur romain Tacite que Flavius Josèphe, avancent le chiffre très élevé de 600000 morts.

La destruction du «Second Temple» en 70 marque le début d’un nouvel exil. La Judée devint une province romaine distincte de la Syrie, son gouverneur disposant maintenant de la Xe légion Fretensis. L’autorité suprême du judaïsme, le Sanhédrin est dissous. Le Temple, ayant été détruit, le culte sacrificiel national cesse d’être célébré.

En rentrant à Rome en 71, Titus a droit à son tour à la cérémonie du triomphe renforçant ainsi la légitimité de la nouvelle dynastie fondée par Vespasien.

Quelques temps plus tard (81/82), Domitien, dernier empereur de la dynastie flavienne (81-96), élève au Forum de Rome, un arc «de triomphe» à la gloire de Titus.

La dynastie flavienne (69-96 de notre ère).
De gauche à droite ; le fondateur de la dynastie, Vespasien (© shakko),
Titus (© sailko) et son frère Domitien (© sailko).

  • L'arc de Titus

    La signification de l’arc est liée à une pratique religieuse ancienne concernant la guerre ; à l’issue des campagnes militaires, on faisait passer les soldats sous une «porte magique» pour les décharger des énergies destructrices qu’ils portaient en eux et qui représentaient un danger pour la population.

    Ces portes étaient placées soit à une entrée de la ville, soit à l’entrée du Forum romain. À partir du IIe siècle avant notre ère, certaines d’entre elles, les Fornices, arcs de petites dimensions, tendent à devenir des monuments triomphaux comportant les images des généraux vainqueurs. Dès 27 avant notre ère, les généraux et les hommes politiques font exécuter ce type de monument pour servir à leur propagande.

    Rome présentait à la fin du Ier siècle un nombre important d’arcs triomphaux, mais la plupart de ces arcs ont aujourd’hui disparu.

    L’arc de Titus doit sa conservation partielle au fait qu’il avait été incorporé dans les fortifications d’une puissante famille de la Rome médiévale, les Frangipani. Les piles (ou pylônes) qui avaient été partiellement détruites ont été restaurées en travertin par l’architecte et urbaniste Guiseppe Valadier (1762-1839) en 1822, comme l’indique une inscription moderne de l’attique du côté du Forum.

    L’arc de Titus se situe sur la Velia, à l’extrémité du Forum romain, à proximité du Colisée.

    Cet arc n’est pas à proprement parler un arc de triomphe mais plutôt un arc de consécration. En effet, Le texte de l’inscription originelle située côté est, est le suivant :

    SENATVS

    POPULVSQUE ROMANVS

    DIVO TITO DIVI VESPASIANI F(ILIO)

    VESPASIANO AVGVSTO

    « Le Sénat et le peuple romain au divin Titus Vespasien Auguste, fils du divin Vespasien. »

    La mention de Titus divinisé sur l’arc signifie que l’empereur était déjà mort au moment où l’inscription fut gravée.

    L’inscription originelle nous permet d’identifier de façon certaine le monument qui n’est pratiquement jamais mentionné dans la littérature antique, sauf une vague allusion de Martial, poète et auteur latin (40-104).

  • Sa description

    Sur le plan architectural, la conception de l’arc amène des innovations importantes, comme la maîtrise de l’arc en plein cintre que nous retrouverons sur les ponts ou les Colisées.

    L’arc, à une seule baie, d’une architecture simple, sur deux piles (ou pylônes) mais solidement structuré, est rythmé par quatre colonnes plaquées, engagées sur chaque face.

    Il a une largeur de 13,50 m, une hauteur de 15,40 m et une profondeur de 4,75 m.

    Sur les clés de voûte se trouvent les représentations de Rome et du Génie du peuple romain, tandis qu’au-dessus de l’archivolte sont insérées des Victoires volant sur des globes et tenant des étendards.

    La petite frise qui se trouve au-dessus (elle ne subsiste qu’au centre du côté oriental) représentait le triomphe de Titus sur les Juifs célébré en 71, que l’arc a pour fonction de commémorer.

    Les deux importants épisodes de ce triomphe figurent sur deux grands reliefs qui se font face à l’intérieur de la baie arquée de 8,30 mètres de haut sur 5,36 mètres de large.

  • Le premier grand relief

    Situé au sud, il représente un cortège en train de défiler sous la porte triomphale : celle-ci, surmontée par deux quadriges, se trouve sur la droite ; les porteurs des brancards (fercula) sur lesquels est disposé le butin, défilent de gauche à droite : les objets transportés sont des trompettes d’argent, la table des pains de proposition et le candélabre (ménorah) à sept branches dont on voit ici l’une des plus anciennes représentations (la description en trident de la ménorah faite par Flavius Josèphe ne correspond pas à la représentation sur l’arc de Titus), arrachés au Temple de Jérusalem ; sur les pancartes devaient probablement être peints les noms des villes conquises.

    Selon Flavius Josèphe « on portait ensuite, comme dernière pièce du butin, une copie de la Loi des Juifs… » (Guerre des Juifs, Livre VII, 148-152).

    Les reliefs de l’arc de Titus sont considérés comme caractéristiques de la recherche du mouvement dans l’espace. Le panneau représentant le char de l’empereur triomphant des Juifs est composé de manière à donner l’impression que le cortège sort du fond du panneau à droite, s’avance vers le spectateur, puis rentre vers la gauche. Il s’agit de transposer dans le relief un procédé employé dans la peinture.

  • Le deuxième grand relief et la voûte

    Il est situé sur le côté nord en face du premier ; il représente l’épisode central du triomphe : Titus avance sur son quadrige, précédé des licteurs dont les faisceaux se détachent sur le fond avec des inclinaisons variées; la déesse Rome en personne tient les chevaux par le mors, tandis que la Victoire, debout sur le char, couronne l’empereur; suivent les allégories du Peuple et du Sénat romains: le premier est un jeune homme au torse nu, le second est en toge.

    Dans la voûte sculptée de riches caissons, Titus est représenté, chevauchant cette fois un aigle qui le transporte jusqu’au ciel : cette représentation est à mettre en relation avec la divinisation et l’apothéose après sa mort. Cette scène a fait penser que, comme dans le cas de la colonne Trajane, l’arc n’était peut-être lui aussi que le tombeau de Titus, dont le corps aurait été déposé dans la pièce qui s’ouvre à l’intérieur de l’attique, jusqu’au transfert de ses cendres en 94 au temple de la gens Flavia sur le mont Quirinal, la colline la plus élevée du Forum.

  • Un projet soutenu par la Yeshiva University

    Dès 2012, des échafaudages sont élevés dans la baie. Ils consistent dans un premier temps, à scanner avec des capteurs de haute définition, le relief du côté sud, montrant le cortège du butin prélevé dans le Sanctuaire de Jérusalem. Le relevé tridimensionnel, d’une grande précision, réalisé par la firme Unocal srl Tecnology and Innovation, fait apparaître des détails d’une grande finesse comme les couronnes de lauriers ceignant les fronts de ceux qui exhibent le butin.

    Ensuite, deux experts allemands en polychromie antique passent la ménorah sous les faisceaux lumineux d’un spectrophotomètre ultraviolet-visible (UV-VIS), capable de mesurer les longueurs d’onde émises en retour.

    Il a suffi ensuite de comparer les résultats avec des bases chromatiques constituées à partir d’autres monuments antiques parfaitement identifiés, pour révéler sur le socle et les branches du candélabre des traces d’ocre jaune, la couleur représentant l’or de la ménorah.

    Conclusion

    À peine plus d’un demi-siècle après cette première révolte, les Juifs se soulèvent une deuxième fois, pour être à nouveau défaits (la révolte de Bar-Kokhba). Cette fois-ci, Rome supprime le nom du pays, la Judée, pour lui substituer celui de Syria-Palaestina (Syrie-Palestine). La désignation ancienne du territoire des Philistins remplace la référence au pays des Juifs (Ioudaioi). Dans le même temps, une colonie romaine, Aelia Capitolina, est construite sur les ruines de Jérusalem, la Ville sainte pour les Juifs, leur en interdisant l’accès.