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Le cylindre de Cyrus II le Grand
Le Cylindre de Cyrus (aussi appelé « Édit de Cyrus ») est l’un des artefacts les plus célèbres de l’Antiquité.
Il s’agit d’un cylindre d’argile cuite, de forme baril, d’environ 23 cm de long et 10 cm de diamètre, couvert d’une inscription en écriture cunéiforme akkadienne (babylonienne).
Image ci-contre : Image ci-contre : l’écriture cunéiforme prend son nom des traits en forme de coin imprimés par un calame sur de l’argile molle. Du latin cuneus signifiant «coin». Domaine public.
Découverte et conservation
Ce cylindre a été mis au jour en 1879 par l’assyriologue Hormuzd Rassam lors de fouilles à Babylone (dans l’Irak actuel) pour le compte du British Museum, où il est conservé aujourd’hui (sous le numéro BM 90920). Il était brisé en plusieurs fragments ; un fragment manquant a été identifié plus tard, et on sait aujourd’hui qu’il existait plusieurs copies de ce texte, probablement diffusées dans l’empire perse.
Image ci-contre : le cylindre d’argile, avec un détail du texte, d’une taille de 20,8 cm, décrit la reconstruction du temple de Shamash à Sippar (aujourd’hui Tell Abu Habbah, en Irak) par Nabuchodonosor II et remonte à la période néo-babylonienne, vers 604-562 avant J.-C.
Ce cylindre apparait comme une inscription de fondation typique de la Mésopotamie : il était destiné à être enterré dans les murs ou les fondations d’un bâtiment restauré pour commémorer les travaux du roi et obtenir la faveur des dieux.
Contexte historique
En 539 avant J.-C., Cyrus (fondateur de l’Empire achéménide) conquiert Babylone sans combat majeur, mettant ainsi fin à l’Empire néo-babylonien (appelé aussi empire chaldéen, 626-539 avant J.-C.), fondé par Nabopolassar, le père de Nébucadnetsar II, le destructeur de Jérusalem et de son Temple. Babylone est alors dirigé par le roi Nabonide, absent ce jour-là et son fils Belschatsar à qui le prophète Daniel révèle le sens d’une inscription apparut soudainement sur la muraille de la salle du palais royal lors d’un festin (Daniel 5/25-30). La Bible rapporte que Daniel est alors récompensé et désigné comme « la troisième place dans le gouvernement du royaume » (après Nabonide et Belschatsar).
Image ci-contre : l’archéologue Hormuzd Rassam. DR.
Cyrus, roi perse originaire d’Anshan, intègre Babylone à son empire qui devient le plus vaste du monde connu à l’époque (s’étendant de l’Asie centrale à la Méditerranée).
Contenu du texte
Le texte (environ 45 lignes, incomplet à la fin) est rédigé du point de vue babylonien et suit un style traditionnel mésopotamien. Il se divise en plusieurs parties :
Critique de Nabonide : Le roi précédent est dépeint comme un tyran impie qui a négligé le culte du dieu Marduk, imposé des corvées excessives et déplacé les statues des dieux dans Babylone.
Intervention divine : Le dieu Marduk, mécontent, choisit Cyrus comme instrument pour restaurer l’ordre. Cyrus entre pacifiquement dans la ville.

Qelques éléments du trésor perse de l’Oxus.
Une maquette d’un char en or tiré par quatre chevaux et un bracelet en or. VIe siècle avant J.-C.
Actions de Cyrus : Il se présente comme un roi juste et pieux. Il restaure les temples, ramène les statues des dieux dans leurs sanctuaires d’origine, met fin aux corvées abusives, permet aux populations déportées de rentrer chez elles et de reconstruire leurs demeures. Il respecte les coutumes locales et gouverne avec bienveillance.
Généalogie et légitimité : Cyrus se dit descendant d’une lignée royale ancienne et aimé des dieux babyloniens (Bel et Nabû).
Extrait célèbre (traduction approximative) :
« Je suis Cyrus, roi du monde, grand roi, puissant roi, roi de Babylone, roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre quarts […]
Je suis entré pacifiquement dans Babylone […] J’ai recherché le bien-être de Babylone et de tous ses sanctuaires.
[…] J’ai ramené les divinités qui y avaient résidé [à Babylone] et je leur ai fait une demeure pour l’éternité. Je rassemblai tous leurs habitants et leur restaurai leurs demeures. »
Le cylindre ne mentionne pas explicitement les Judéens exilés en Mésopotamie, mais il parle du retour des peuples déportés dans l’empire et de la restitution de leurs biens et de leurs divinités.
Cela correspond remarquablement au récit biblique où Cyrus autorise les exilés israélites à rentrer à Jérusalem et à reconstruire le Temple (Ésaïe 44/24-28 ; 45/1-4 ; 2 Chroniques 36/22-23). La Bible rappelle aussi qu’il restitua tous les ustensiles d’or du Temple emportés à Babylone par Nébucadnetsar en signe de dédommagement (Esdras 1/1-11 ; 5/13).
Cyrus est même désigné comme « oint du Seigneur » dans les Écritures, un honneur exceptionnel et unique pour un non-Juif.
La grande frise des archers ou les “Immortels”
L’Empire perse achéménide est représenté dans les collections du Louvre par des éléments du somptueux décor polychrome du palais que Darius Ier construisit à Suse (vers 525-486 avant J.-C.). Les reliefs de briques moulées et recouvertes d’une glaçure, qui constituent un ensemble unique au monde, ont été rapportés par M. Dieulafoy, qui les découvre en 1885 et 1886, lors de l’exploration du palais. © Théo Truschel.
Signification et interprétations
Pour les historiens : C’est un excellent exemple de propagande royale intelligente. Cyrus adopta le langage et les traditions babyloniennes pour légitimer son pouvoir auprès des populations locales. Il pratiqua une politique de tolérance religieuse et culturelle, qui a contribué à la stabilité de son immense empire multiethnique. Ce n’est pas une « déclaration universelle », mais une proclamation locale typique des rois mésopotamiens, avec une dimension de restauration et de piété.
Il reste néanmoins un témoignage remarquable de tolérance et de gouvernance inclusive dans un empire conquérant, bien avant d’autres modèles similaires.
Bijoux en or. VIe siècle avant J.-C. Musée de Leyde. © Théo Truschel.
Bijoux en or. VIe siècle avant J.-C. Musée de Leyde.
Bijoux en or. VIe siècle avant J.-C. Musée de Leyde. © Théo Truschel.
Bijoux en or. VIe siècle avant J.-C.

