Bible, Histoire, Archéologie

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Histoire,
Archéologie

Introduction

Le 2 décembre 2015, l’archéologue Eilat Mazar (1956-2021) de l’Université hébraïque de Jérusalem, révélait dans un communiqué de presse une information exceptionnelle : le déchiffrement de l’empreinte d’un sceau mis au jour en 2009 et portant la mention d’un roi de la Bible, Ézéchias, qui régna à Jérusalem quelque sept cents ans avant J.-C.

Image ci-contre : Eilat Mazar lors de la présentation, à la presse, du sceau d’Ézéchias. Domaine public.

La découverte

C’est la première fois qu’un cachet d’argile mentionnant un roi de la Bible est exhumé au cours de fouilles archéologiques officiellement déclarées. Sous la conduite de l’archéologue Eilat Mazar, des fouilles effectuées au pied du mur Sud du Mont du Temple, dans le quartier de l’Ophel, à Jérusalem, avaient livré en 2009 cette empreinte de sceau imprimée sur une «bulle d’argile». L’objet est minuscule, il mesure seulement treize millimètres de large sur douze de haut et trois d’épaisseur. Selon l’usage, les sceaux servaient à marquer les documents de correspondance émis par des personnages importants ; ils comportaient habituellement des motifs ou des signes permettant d’en identifier le propriétaire. Pour sceller un document, il fallait imprimer le sceau sur une surface malléable telle que de l’argile fraîche.

Dès la plus haute Antiquité, les documents étant écrits sur des tablettes d’argile, le sceau était simplement apposé à la fin du texte comme une signature au bas d’une lettre. L’usage des tablettes d’argile était courant en Mésopotamie et s’étendait jusqu’en Égypte. Les sceaux étaient alors le plus souvent de forme cylindrique, et l’on déroulait le sceau sur la tablette pour y transférer le motif.

Image ci-contre :  une vue du sceau d’Ezéchias. Domaine public.

Mais le sceau dont l’empreinte a été découverte à Jérusalem est d’un autre type : il s’agit d’un cachet de forme ovale, qui était probablement serti dans une bague et que l’on apposait tel un tampon. Les documents ainsi authentifiés n’étaient pas des tablettes cunéiformes, mais des rouleaux de papyrus ou de parchemin, entourés d’une ficelle nouée puis scellés à l’aide d’une bulle d’argile que l’on estampillait du cachet.
Des traces du papyrus d’origine sont encore visibles au revers de la bulle.

L’inscription du sceau

L’empreinte, que l’on peut voir sur le dessin de la bulle relevé par Robert Deutsch, comprend trois registres. Les registres supérieur et inférieur contiennent des lettres paléohébraïques, tandis que le registre central comporte deux motifs égyptiens.

L’empreinte que l’on peut voir sur le sceau comprend trois registres. Les registres supérieur et inférieur contiennent des lettres paléohébraïques, tandis que le registrecentral comporte deux motifs hiéroglyphiques. © Montage par Théo Truschel.
Avec l’aimable autorisation de Robert Deutsch et Michael Langlois.

L’usage des lettres paléohébraïques remonte au Xe/IXe siècle avant J.-C., bien après que des «Asiatiques» (Sémites à l’est de l’Égypte) empruntèrent des hiéroglyphes égyptiens au IIe millénaire pour les transformer en signes alphabétiques. Le plus ancien exemple connu en est l’écriture appelée « protosinaïtique » par les scientifiques. L’écriture alphabétique s’est développée lentement au cours des siècles, et a, peu à peu, donné naissance à plus d’une dizaine d’alphabets différents représentés sur les rives de la Méditerranée: le phénicien, l’hébreu, l’araméen, le grec, le latin… Le système alphabétique est une véritable révolution, car il permet une pratique de l’écriture plus simple et plus rapide.

Image ci-contre : le dessin du sceau d’Ezéchias avec ses trois registres.
Avec l’aimable autorisation de Robert Deutsch et Michael Langlois.

 

Les motifs du sceau

Le registre central du cachet comporte deux figures, curieusement issues tout droit de la mythologie égyptienne : une croix ansée, appelée ânkh, qui représente la vie dans les hiéroglyphes égyptiens, et un soleil à son zénith, entouré de rayons et doté de deux larges ailes déployées en signe de protection. Cette image représente normalement l’une des principales divinités égyptiennes, le dieu solaire celui qui fait »), associé plus tard à Atoum, dieu solaire créateur.

Que viennent donc faire ces motifs égyptiens sur le sceau du roi Ézéchias ?

Depuis le second millénaire avant J.-C., le Levant était sous l’influence du puissant empire égyptien, de sa civilisation, de sa culture qui se répandaient partout.

Le cas de l’empreinte de ce sceau d’Ézéchias n’est pas unique. En 1986, on avait déjà découvert une bulle présentant exactement la même inscription et les mêmes motifs, et daté vers 728-699 environ avant J.-C. Mais sa provenance inconnue – il n’avait pas été mis au jour dans le cadre de fouilles archéologiques régulières – pouvait laisser planer un doute sur son authenticité.
En fait, on dénombre à ce jour un certain nombre d’empreintes de sceau portant l’inscription :

« Appartenant à Ézéchias, [fils d’] Achaz, roi de Juda ».

La découverte de cette empreinte confirme l’existence historique du roi Ézéchias de Juda. On dispose cette fois d’une inscription royale dont la provenance est attestée. Elle s’ajoute à la masse croissante des données archéologiques qui montrent la fiabilité du cadre historique des récits bibliques pour la période des royaumes d’Israël et de Juda.

Le règne d’Ézéchias

La traduction de l’inscription paléohébraïque de la bulle de Jérusalem, publiée par E. Mazar, se lit : « À Ézéchias, [fils d’] Achaz, roi de Juda ». Le roi Ézéchias est mentionné dans la Bible à partir du Second Livre des Rois (16, 20) : « Achaz se coucha avec ses pères et fut enterré avec ses pères dans la cité de David. Ézéchias, son fils, régna à sa place ».
Selon les historiens de la Bible, Ézéchias a dû régner sur le royaume de Juda vers 728 à 699 environ avant J.-C. Il y a eu corégence de deux ans environ avant la mort d’Achaz.

Image ci-contre : fragment de relief représentant Sargon II, albâtre gypseux.
Hauteur 89 cm. © Musée égyptien, Turin.

La Bible décrit Ézéchias comme un réformateur religieux qui rétablit l’ordre du culte dans le Temple de Jérusalem. Il consulte souvent le prophète Ésaïe. Sous son règne, la ville de Jérusalem se développe et accueille les nombreux réfugiés israélites venus s’installer en Judée après la chute du royaume du Nord par les Assyriens conduits par Salmanazar V puis par Sargon II (prise de Samarie en -722).
Ézéchias, anticipant un siège de Jérusalem, élargit l’enceinte fortifiée de la ville et fait creuser un tunnel depuis la source du Guihon jusqu’au réservoir de Siloé (533 m).
Il est appelé aujourd’hui tunnel d’Ézéchias et permet l’approvisionnement en eau (2 Chroniques 32, 2-4 ; 2 Rois 20,20).

À la mort de Sargon II (-705), son fils Sennachérib monte sur le trône tandis que des soulèvements se font jour. Mais Sennachérib, dans une campagne vers l’Ouest, soumet la Phénicie (-701). Ammon, Édom et Moab apportent leurs tributs. Ézéchias, chef des révoltés, se soumet à son tour après la prise de Lakish (2 Rois 18,31); il est contraint d’apporter un lourd tribut.

Par la suite, lors d’une nouvelle rébellion des Philistins et de l’Égypte, Sennachérib fait mettre le siège devant Jérusalem (-690), mais son armée est décimée par une maladie qui pourrait être une forme de peste (2 Rois 19, 35-36).