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Le papyrus P52

de la John Ryland Library

Introduction

Le papyrus est une sorte de papier végétal fragile issu du roseau, une plante qui pousse en Égypte et dans certains marécages du Liban. Autant que l’on sache, il y a, à ce jour, environ une centaine de papyrus, qui contiennent des fragments du Nouveau Testament. Du fait de la fragilité de ce support, aucun de ces précieux manuscrits contenant le Nouveau Testament en entier ne nous est parvenu.

Il existe plusieurs types de manuscrits :
– Les textes écrits sur du papyrus. La plupart ont été retrouvés dans certaines régions désertiques de l’Égypte.
– Les manuscrits sur parchemin ; ils recouvrent une période allant jusqu’au IXe siècle environ. Ils sont écrits en majuscules grecques.
– Les manuscrits datant d’après le VIIIe siècle environ et qui sont écrits en lettres grecques cursives (minuscules).  

Les fouilles archéologiques

Au début du XXe siècle, alors que deux jeunes scientifiques anglais, B.P. Grenfell et A.S. Hunt fouillaient des tas de gravats antiques dans la région du Fayoum sur le célèbre site d’Oxyrhynchos en Égypte, ils exhumèrent de très anciens fragments de papyrus. C’est seulement dans de telles régions chaudes et sèches que ce matériau délicat demeure à peu près intact. Les amas de sable dus au vent font le reste en empêchant que l’écriture ne pâlisse à la lumière du soleil.

Image ci-contre : les deux scientifiques anglais B.P. Grenfell et A.S. Hunt sur le site d’Oxyrhynchos sur le sitel du Fatoum. D.R.

Les deux chercheurs emportèrent leurs découvertes en Angleterre où elles furent déchiffrées petit à petit. Ces fragments livrèrent un aperçu de la vie quotidienne en Égypte, il y a environ deux mille ans.

La découverte

Mais c’est un tout petit fragment de papyrus, acquis en 1920 par Bernard P. Grenfell, de la taille de la paume d’une main (environ 9 x 6 cm), qui devait en faire sa célébrité.

En 1935, alors qu’il réalise le tri de vieux papyrus grecs pour le compte de la John Rylands Library, le professeur C.H. Roberts de l’Université d’Oxford découvrit parmi ces trouvailles ce fragment de papyrus qui contenait sept lignes d’une centaines de lettres écrites en grec ancien, au recto et au verso. C’était suffisant pour les identifier sans équivoque : des versets de l’Évangile de Jean : Jean 18,31 à 33 au recto et Jean 18,37 et 38 au verso.

Face recto
Les lettres en rouge sont visibles sur le fragment exhumé ; les lettres en noir sont reconstituées.

 Pilate leur dit donc : Prenez–le vous–mêmes, et jugez–le selon votre loi ! Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de tuer quelqu’un ! Cela afin que s’accomplisse la parole que Jésus avait dite, pour signifier de quelle mort il allait mourir. Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : Es–tu le roi des Juifs, toi ?
Jean 18,31-33.

Face verso
Les lettres en rouge sont visibles sur le fragment exhumé ; les lettres en noir sont reconstituées.

Pilate lui dit : Toi, tu es donc roi ? Jésus répondit : C’est toi qui dis que je suis roi. Moi, si je suis né et si je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix.
Pilate lui dit : Qu’est–ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau vers les Juifs et leur dit : Moi, je ne trouve aucun motif de condamnation en lui.
Jean 18,37-38

Sa datation

La date de son origine put aussi être déterminée avec certitude : entre 98 et 138 de notre ère.
Avec ce fragment, on avait trouvé, à ce jour, alors le plus ancien fragment de manuscrit que l’on connaisse du Nouveau Testament.

Selon la tradition, l’apôtre Jean serait mort à un âge avancé, vers la fin du Ier siècle de notre ère, en Asie Mineure (peut-être à Éphèse ?), peu de temps après avoir rédigé son Évangile, ses Épîtres et l’Apocalypse. Si une copie de l’Évangile de Jean était parvenue en Égypte déjà vingt à trente ans plus tard, comme semble le prouver cette exceptionnelle découverte, on peut alors vraiment en saisir l’importance. Ce fragment démontre une propagation rapide du christianisme dans des zones éloignées de la terre de ses origines.

Ce texte témoin est conservé comme un trésor précieux dans la John Ryland Library à Manchester (Angleterre) sous la désignation scientifique de P52. Son texte est si court qu’il ne nous permet pas la comparaison avec des versions complètes du même Évangile apparues ultérieurement. Ce fragment d’Évangile proviendrait d’un codex carré d’environ 20 centimètres qui devait contenir tout l’Évangile de Jean, soit quelques 66 feuilles ou 132 pages environ au total.

Il est remarquable que les fragments de papyrus retrouvés (datant du début du IIe au VIIIe siècle) représentent, pour la plupart, le résultat de découvertes faites au XXe siècle seulement.

Image ci-dessous : des papyrus dans des marécages au Liban. D.R