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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

La monnaie au sein du Temple de Jérusalem

… Jésus entra dans le Temple. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le Temple, et il renversa les tables des changeurs de monnaie et les sièges des vendeurs de pigeons…

(Matthieu 21,12 ; Jean 2,14-15 ; Marc 11 ;15).

Avant que n’éclate ce que les historiens nomment traditionnellement la « guerre juive » (ou Grande Révolte, de 66 à 73), d’abondantes quantités d’or et surtout d’argent circulaient dans le Temple de Jérusalem (Matthieu 23,16). En effet, chaque Juif âgé de plus de 20 ans devait verser une taxe annuelle en métal d’argent correspondant à un demi-shekel. Cette taxe pourrait remonter à l’époque de Néhémie (Néhémie 10,33-34) et elle reposait sur un texte de la Loi (Exode 30,11-16).

Le shekel, le sicle du Nouveau Testament, remonte à l’époque biblique où le terme désignait un poids de métal. De ce point de vue, le Temple avait un caractère de véritable banque.

Les pièces romaines en argent, comme le denier à l’effigie de Tibère César (voir Tribut à César), étaient notoirement connues pour tromper sur leur teneur, car elles ne contenaient que 80% de valeur d’argent. Et ce, alors que le denier était non seulement l’étalon de nombreuses monnaies dans la région, mais aussi la monnaie de référence pour le paiement de l’impôt.

Des émissions de monnaies locales n’ont pu exister qu’au prix de conditions fixées par Rome à son avantage, en sous-évaluant ces monnaies locales. L’exigence de la loi juive relative à la taxe annuelle ne permettait pas d’utiliser les pièces romaines, trop faibles en argent, même si elles étaient utilisées couramment en Judée pour les transactions commerciales.

Dans le monde des émissions provinciales et autres monnayages locaux en argent, le tétradrachme de Tyr fut la seule pièce de monnaie acceptée dans le Temple pour le versement de cet impôt, car elle contenait près de 95% d’argent, c’est à dire qu’elle était quasiment pure. Le grand intérêt accordé à ces pièces se voit dans la constitution des trésors que l’on retrouve encore aujourd’hui dans le sol d’Israël ; la littérature talmudique fait également référence à la qualité de ces pièces.

Mieux, le Temple semble avoir acquis peu de temps avant la guerre un statut économique et monétaire encore plus important que certains documents ne le laissent imaginer. En effet, l’histoire du tétradrachme d’argent ou shekel tyrien peut-être divisée en deux périodes, l’une qui remonte jusqu’aux années 19/18 avant J.-C, et une autre qui s’achève en 65/66 après J.-C. Des modifications distinguant les deux séries se voient aisément à partir de l’année 108 du comput de la cité de Tyr, c’est-à-dire dans les années -19/-18 de notre calendrier grégorien.

  • Shekel de Tyr

    Influencée par les pièces séleucides, on retrouve sur ces monnaies tyriennes un aigle sur le revers mais l’inscription exclut toute référence à un roi. On a préféré graver le nom et les titres de la ville : « (de) Tyr la sainte et l’inviolable ». Le chef du panthéon des divinités de la ville, Melkart-Héraclès, remplace le buste royal sur l’avers. Enfin l’année est inscrite accompagnée par une variété de monogrammes dont le sens est quelquefois difficile à déchiffrer.

    Cette description soulève la question suivante : comment les Juifs ont-ils accepté d’utiliser une monnaie étrangère où figure une divinité païenne ? Certains historiens se posent la question suivante : Est-ce l’une des raisons qui aurait poussé Jésus à renverser les tables des changeurs (Marc 11,15) ?

    La représentation d’une divinité païenne ne semble pas avoir posé de problème comme le suggère un passage de la Mishna : la monnaie elle-même n’a rien d’impure mais c’est l’usage qu’on en fait qui peut conduire à l’impureté (Kelim 12,7).

Revers :

ΤΥΡΟΥ ΙΕΡΑΣ ΚΑΙ ΑΣΥΛΟΥ
Tyr sainte et asile “sacré”.

Aigle debout à gauche, les serres sur une proue de navire, une palme sur l’aile ; dans le champ à gauche, une massue.

Avers :

Shekel de Tyr en argent. année 82 (45/44 avant J.-C.

Le chef du panthéon des

divinités de la ville de Tyr,

 Melkart-Héraclès

Tête laurée à droite.

Collection particulière

© Jean-Guy Kauffmann.