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Les Hébreux,
la langue hébraïque,
l’alphabet paléo-hébreu

 

Après le récit biblique de la Création et du Déluge sur la terre, le Livre de la Genèse rapporte qu’au début du deuxième millénaire avant J.-C., un petit groupe conduit par Abram (il ne s’appelle pas encore Abraham) quitte Ur et, après un séjour à Harrân au nord de la Mésopotamie, vient s’installer en Canaan, entre le Jourdain et le littoral méditerranéen.
En 135 après J.-C., à l’issue d’une guerre impitoyable contre l’Empire romain, l’État juif antique disparaît.
L’histoire antique des Hébreux est celle d’une existence qui s’étend entre ces deux dates, sur une période de deux millénaires environ.

Les Hébreux

Un groupe hébreu (Israël) apparaît en Cisjordanie à la fin du XIIIe siècle avant notre ère et un royaume hébreu, celui de Saül, dans la deuxième moitié du XIe  siècle. Il utilise la langue et l’écriture cananéenne locale qui se différencie peu à peu du Phénicien au cours du Xe siècle sous les règnes de David et Salomon. La naissance d’une tradition scribale hébraïque va se développer dans les siècles suivants, aussi bien dans le royaume d’Israël que dans le royaume de Judah, jusqu’à la chute de Jérusalem en 587 avant notre ère.

La langue hébraïque

L’hébreu est une langue nord-ouest-sémitique parlée en Palestine ancienne durant la première moitié du Ier millénaire avant notre ère sur le territoire des royaumes d’Israël et de Juda. Elle représente l’évolution naturelle de la langue parlée au IIe millénaire avant notre ère : le “cananéen”, développement parallèle à celui du phénicien avec, en particulier, l’article (H-) préposé et, différent du phénicien, son emploi devant un démonstratif.

L’alphabet paléo-hébreu

Son écriture constitue le développement naturel de l’écriture alphabétique linéaire cananéenne de 22 lettres de la deuxième moitié du IIe millénaire avant notre ère, parallèlement au phénicien. De fait, aux XIe-Xe siècle avant notre ère, on peut encore parler d’une écriture alphabétique linéaire “cananéenne” commune à tout le Levant ou désigner les inscriptions de Palestine comme “proto-hébraïques”, “proto-phéniciennes” ou “proto-philistiennes” d’après leur localisation car il est encore pratiquement impossible de distinguer paléographiquement les diverses écritures locales.

La grenade est un élément important dans la tradition biblique qui décrit certains éléments du Temple. On y lit que des guirlandes de 400 grenades ornaient les chapiteaux des deux colonnes de bronze qui siégeaient à l’entrée du sanctuaire (1 Rois 7,20), et aussi, concernant la tunique de cérémonie du grand prêtre : « une clochette d’or, une grenade, une clochette d’or, une grenade, sur les pans de la robe tout autour ». (Exode 28,34).

On a trouvé plusieurs inscriptions “proto-hébraïques” de cette période dans la moyenne vallée du Jourdain (Tell eș-Ṣarem/Tel Reḥov), en Samarie (Khirbet Tannin), à Jérusalem et dans ses environs, dans la Shephélah (Gézer), Beth-Shémesh, Tell Batash/Timnah, Khirbet Qeiyafa, Lakish ?, Khirbet al-Ra‘i) tandis que d’autres provenant de la plaine philistine (Tell es-Safi/Gat, Qubur el-Walayda) et comportant deux abécédaires (Izbet Ṣarṭah et Tell Zayit avec l’ordre inversé ḥet zayin (au lieu de zayin ḥet) peuvent être plutôt considérés comme “proto-philistiennes”.

Durant le IXe siècle avant notre ère, la forme des lettres est de plus en plus influencée par la cursive et commence à présenter des queues incurvées pour certaines lettres, en particulier bet, kaph, mem, noun et pe. Quelques inscriptions de cette époque ont été trouvées à Abel Bet-Maakah (LBNYW), Tel ‘Amal (LNMŠ, ca. 900), Tell el-Ḥamme (L’Ḥ’B), Tell Rehov (strates V-IV : LNMŠ, LNMŠ, LŠQY NMŠ, ’LṢDQ ŠḤLY, M‘NR‘M, L’LYŠ‘, B), Es-Semu‘/Eshtemoa (ḤMŠ), ‘Arad (ostracon 76 et peut-être 80).

Le VIIIe siècle avant notre ère semble marqué par une diffusion de l’emploi de l’écriture aussi bien en Israël qu’en Judah. La première moitié du VIIIe siècle en Israël se caractérise par un développement politique et économique important sous les rois Joas (environ 805-803-790) et Jéroboam II (environ 790-750), sous les règnes desquels se situent une centaine d’ostraca hébreux trouvés à Samarie ainsi que les nombreuses inscriptions hébraïques et phéniciennes de Kuntillet ‘Ajrud, surveillant la route des caravanes entre la mer Rouge et Gaza. C’est aussi la période d’un certain nombre de sceaux inscrits, en particulier celui de “Shéma‘ serviteur/ministre de Jéroboam (II)”. Les inscriptions de Kuntillet ‘Ajrud témoignent d’ailleurs, de la manière dont on apprenait à écrire (lettres isolées, abécédaires, formule de bénédiction au début des messages, listes de noms propres, apprentissage des chiffres hiératiques, dessins. …). Ce développement se continue dans le troisième quart du VIIIe siècle jusqu’à  la chute de Samarie (722 avant notre ère) avec des ostraca (Tel Dan, Samarie, Ḥazor, Beth-Shean, Guézer), un petit fragment de stèle (Samarie), des sceaux (comme par exemple celui d’un ministre d’Hosée, le dernier roi d’Israël) et des jarres estampillées avec un nom propre (WSS n° 669, 671, 692).

Image ci-contre : de gauche à droite :
 – sceau d’un serviteur (ministre) du roi d’Israël, Osée (Hoshéa, en hébreu). H : 24,6 mm; L : 18,2 mm; E : 8,8 mm.
 – Empreinte :  « à Abdi, serviteur d’Hoshéa »
Abdi, forme courante de Abdiyo qui porte l’élément théophorique YO. On retrouve ce nom sous la forme d’Obadias ou Obadyahu, serviteur de YHWH, en hébreu.
 – Dessin : homme de style égyptien. Il tient dans sa main gauche  un sceptre en  forme de lotus.
À ses pieds, un soleil ailé, une autre figure égyptienne. © André Lemaire.
Au centre, un homme en marche esquisse un geste de la main droite alors que, de la gauche, il tend une sorte de sceptre à fleur de lotus; il porte une perruque. Son port et son vêtement, une jupe, sont de style égyptien, ce qui est fréquent à cette époque, même en Israël. Sous ses pieds, un soleil ailé, autre motif égyptien. L’identification du propriétaire est en paléo-hébreu typique de la deuxième moitié du VIIIe siècle (750-700 avant J.-C.).

Ces inscriptions “israélites” révèlent que l’hébreu du royaume d’Israël était différent de l’hébreu judéen (et de l’hébreu biblique) et proche du phénicien avec la résolution des diphtongues (YN au lieu de YYN) et certaines assimilations du nun (ŠT au lieu de ŠNH).

Les inscriptions hébraïques judéennes deviennent aussi plus nombreuses au VIIIe siècle avant notre ère même si, paradoxalement, deux sceaux (WSS no 3-4) de serviteurs/ministres du roi de Juda ‘Ouzyahu (environ 790-776-739) adoptent l’orthographe “israélite” (‘ZYW) alors que ses successeurs, Jotam (environ 739-735/4), Achaz (ca. 735/4- 719), Ḥizqiyahu/Ézéchias (environ 727-719-699) sont connus indirectement par un sceau (WSS n° 5) et directement par plusieurs bulles.

Image ci-contre : le sceau avec ses trois registres. © Eilat Mazar, photographie de Ouria Tadmor.

On date approximativement du milieu du VIIIe siècle avant notre ère un certain nombre d’inscriptions provenant des environs de Khirbet el-Kawm/Maqqédah, inscriptions trouvées dans des tombes ou incisées sur des vases, ainsi qu’une inscription sur grenade en ivoire.

Dans la deuxième moitié du VIIIe siècle, outre les sceaux et bulles, on connaît plus de 2000 estampilles royales sur anse de jarre (LMLK = appartenant au roi) et des centaines d’estampilles de noms propres.

Image ci-contre : l’inscription du tunnel d’Ézéchias exposée aujourd’hui au musée de l’Orient ancien d’Istanbul, Turquie. Montage © Théo Truschel.

Bien plus, outre les ostraca d’Arad (en particulier n° 49-57) et de Lakish, ainsi que les graffiti d’El-Jib et de Khirbet Beit Lei datant de cette période, il faut aussi mentionner la fameuse inscription du canal de Siloé du tunnel d’Ézéchias, découverte au XIXe siècle, plusieurs inscriptions funéraires du village de Silwan à côté de Jérusalem et plusieurs inscriptions gravées ou à l’encre découvertes à Jérusalem.

Pour en savoir plus

Sous la direction de Rina Viers, présidente-fondatrice de l’association Alphabets, l’association vient de publier un important ouvrage :
Alphabets méditerranéens, Peuples et langues
Les principaux alphabets des peuples de la Méditerranée y sont représentés.
Cet ouvrage réunit 14 scientifiques dans leur discipline respective : Pascal VERNUS (Égypte), Dominique BRIQUEL (le grec, l’étrusque et le latin), Françoise BRIQUEL-CHATONNET (le syriaque), André LEMAIRE (le cananéen, l’araméen, le phénicien et le paléo-hébreu), etc.

Éditions Alphabets, Nice, 2025.