Bible, Histoire, Archéologie
Histoire,
Archéologie
Accueil > Artefacts > Numismatique >
Découverte d’un demi-shekel datant de la Première révolte (66-73)
La pièce en argent, frappée par les rebelles, a été mise au jour dans une grotte près de l’oasis d’En Guedi, lors d’une recherche de manuscrits de la mer Morte.
La découverte
Des archéologues de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) ont récemment mis au jour une rare pièce d’un demi-shekel datant de 66 ou 67 de notre ère, la Première année de la révolte juive contre les Romains. Cette pièce faisait certainement partie de l’économie juive clandestine. Elle semble avoir été utilisée pour payer la taxe au Temple et soutenir l’économie parallèle pendant la révolte.
Image ci-contre : la pièce telle qu’elle a été découverte dans une grotte près d’Ein Guedi, avec trois grenades et les mots « Jérusalem la sainte » en écriture paléohébraïque. © Emil Aladjem/IAA.
La frappe des monnaies
La frappe des monnaies en argent et en or relevaient de la prérogative impériale et de son contrôle strict. Le portrait de l’empereur, son nom et ses titres y apparaissaient. Le privilège pouvait s’étendre aux membres de sa famille proche. Ainsi depuis Auguste jusqu’aux premières années du règne de Néron, trouver d’autres pièces frappées dans un métal précieux dans l’Empire était rare et soumis à autorisation expresse de l’empereur en personne. Même la frappe des pièces en bronze émises par les cités de l’Orient romain était strictement réglementée et présentée comme une faveur toute particulière du Prince.
Image ci-contre : Yaniv David Levy, spécialiste de la numismatique auprès de l’Autorité des antiquités d’Israël, expose la pièce datant de la première année de la révolte juive. © Emil Aladjem/IAA.
Or les dernières années de règne de Néron, en particulier de 66 à 68 après J.-C., voient l’apparition de monnayages non autorisés par le pouvoir central, signe parmi d’autres de profonds bouleversements.
La pièce en argent, mise au jour dans la région de l’oasis d’Ein Guedi, est gravée des mots « Jérusalem la sainte » en caractères hébraïques anciens plutôt qu’en grec vernaculaire de l’époque, un geste de défi en hommage à leur identité juive et à la décision de frapper les pièces de manière indépendante, a expliqué Yaniv David Levy, numismate à l’IAA.
Avant la révolte, les anciens Juifs payaient la taxe du demi-shekel avec des pièces d’argent frappées à Tyr, au Liban.
Pendant la révolte, les Juifs ont créé leurs pièces d’argent et de bronze représentant des shekels, des demi-shekels et des quarts de shekels, sur lesquelles était inscrite non seulement l’année de la révolte mais étaient ajoutés des éléments d’ordre politique et symbolique avec des messages et des signes évocateurs.
La taxe au Temple de Jérusalem
Pendant des siècles, les fidèles ont effectué le pèlerinage à Jérusalem et ont payé la taxe en vigueur appelée taxe du demi-shekel avec des pièces d’argent. En effet, chaque Juif âgé de plus de 20 ans devait verser une taxe annuelle en métal d’argent correspondant à un demi-shekel. Cette tradition pourrait remonter à l’époque de Néhémie (Néhémie 10,33-34) et elle reposait sur un texte de la Loi.
La coutume de verser un demi-shekel de taxe au Temple a été préservée jusqu’à ce jour par certaines personnes, qui l’accomplissent comme une mitzvah, autrement dit comme un commandement.
Une proposition artistique de reconstitution du Temple de Jérusalem en 3d au temps du roi Salomon. Version avec le vestibule couvert. © Théo Truschel/archeobiblion.
L’avers et le revers de la pièce
Les pièces frappées par les rebelles présentent une tige avec trois grenades sur l’avers de la pièce et sur le revers, une coupe contenant probablement l’offrande de l’Omer – ustensile d’or utilisé le deuxième jour de la Pâque où une mesure d’orge symbolisant les prémices était offerte au Temple. Cette coupe est semblable à celle qui aurait pu être utilisée par les prêtres dans le Temple de Jérusalem. Une lettre était indiquée sur le revers donnant la date de l’émission. La lettre aleph correspond à la première année de la révolte contre les Romains.
Image ci-contre : le grand prêtre avec son costume. On distingue nettement au bas de sa robe les grenades d’azur, de pourpre et d’écarlate et les clochettes d’or. © Théo Truschel/archeobiblion.
La grenade, saturée de pépins blancs entourée d’une pulpe au chatoyant coloris rouge qui l’a fait ressembler à une pierre précieuse, est un symbole naturel de fertilité et de prospérité. C’était l’une des sept espèces de plantes décrites dans la Torah, objets de bénédictions pour Israël.
Au Temple de Salomon, elle était déjà un motif très répandu. La Bible décrit ainsi les ornements de l’habit du grand-prêtre : « on disposa, au bas de la robe, des grenades d’azur, de pourpre et d’écarlate, à brins retors ; et l’on fit des clochettes d’or pur, et l’on entremêla les clochettes aux grenades ; une clochette, puis une grenade ; une clochette, puis une grenade… » Exode 39,24-26.
Les lieux des différentes découvertes
Les inspecteurs de l’IAA ont mis au jour la pièce au cours d’une campagne d’exploration intensive de toutes les grottes d’Israël dans le désert de Judée. Le but était de trouver et de documenter les sites archéologiques avant qu’ils ne soient pillés par des voleurs. Les inspecteurs ont passé les six dernières années à explorer les grottes, en descendant en rappel le long de falaises abruptes pour atteindre des cavités nichées à flanc de montagne.
Image ci-contre : Hagay Hamer, archéologue du Judean Desert Survey de l’IAA, descend en rappel une falaise pour explorer une grotte du désert. © Emil Aladjem/IAA.
L’enquête est une initiative conjointe de l’Autorité israélienne des Antiquités, du ministère de l’héritage culturel et de l’unité d’archéologie de l’administration civile en Judée et Samarie.
« Au cours des six années qu’a duré le projet, il a été recensé plus de 800 grottes et découvert des milliers d’objets importants », a indiqué Amir Ganor, directeur du projet d’étude et d’excavation du désert de Judée. « Sans cette étude, la pièce aurait pu être récupérée par des pilleurs d’antiquités pour être revendue sur le marché noir des antiquités au prix le plus élevé. »
C’est ainsi que l’année précédente, ont été mis au jour plusieurs pièces d’un demi-shekel datant de la même période à Jérusalem et en Cisjordanie. On peut relever parmi ces découvertes, celles faites sur le site de l’Ophel à Jérusalem où l’Université hébraïque a trouvé dans une zone où avaient déjà été retrouvées plusieurs pièces de bronze datant de la dernière partie de la révolte.
En Cisjordanie, des archéologues de l’Université Bar-Ilan ont mis à jour une pièce d’un demi-shekel, datant de la deuxième année de la révolte contre les Romains, sur le site archéologique de Khirbat Jib’it, juste au sud de la ville de Douma.
Ouria Amichai et Hagay Hamer, du Judean Desert Survey de l’IAA, explorent une grotte près d’Ein Guedi. © Emil Aladjem/IAA.
La découverte de la pièce dans une grotte près d’En Guedi s’est faite alors qu’Israël s’apprêtait à commémorer Tisha BeAv, un jour de jeûne juif. Ce jour de deuil, l’un des plus sombres du calendrier juif, commémore, entre autres, la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains (73), ainsi que les dissensions internes et la haine au sein de la communauté juive qui ont contribué à cette destruction.
« La découverte de cette pièce aujourd’hui nous rappelle ce qui s’est passé dans le passé et nous enseigne l’importance pour nous de faire des efforts pour rester unis », a déclaré Eli Escusido, directeur de l’Autorité israélienne des Antiquités.

L’avers et le revers de la pièce
Image ci-contre : Hagay Hamer, archéologue du Judean Desert Survey de l’IAA, descend en rappel une falaise pour explorer une grotte du désert. 