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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

La stèle de Moab mesure 1,24 m

de haut, 0,79 m de largeur

et 0,35 m d’épaisseur.

L’inscription de 34 lignes d’écriture moabite présente une version qui recoupe le récit rapporté

dans 2 Rois 3.

Datation possible vers 810 avant notre ère. Il manque quelques fragments dans la partie gauche de l’inscription qui n’a pu être restituée partiellement que grâce à l’estampage.

Musée du Louvre,

© Théo Truschel.

Le mot Israël

Omri, roi d'Israël...

Le mot Israël

YAHVE

"Maison de David"

Ci-dessus : le désert du Wadi Rum.

L'un des déserts de la Bible, une partie de l’ancien territoire

des Édomites, celui qui s'étend à l’est de la

mer Morte au sud du pays de Moab.

© Marc Truschel.

Ci-contre : Kamôsh est probablement une divinité de l'orage

qui apparaît aussi sans doute sur cette stèle mise au jour à

Schihan représentant un dieu guerrier brandissant une

lance dans l'attitude coutumière des stèles levantines.

Musée du Louvre. © Théo Truschel.

La stèle de Mesha, roi de Moab

La stèle de Mésha est l’une des rares sources externes à la Bible qui nous renseigne sur l’histoire de Moab. Elle comporte un des textes épigraphiques les plus importants jamais découverts au Levant du sud pour la connaissance de la langue moabite (dialecte cananéen proche de l’hébreu).

Rédigée à la gloire du roi Mésha, elle célèbre d’importantes constructions et des victoires remportées sur le royaume d’Israël après Achab, descendant d’Omri. La mention écrite d’"Israël" est la plus ancienne occurrence connue au Levant. Dhiban, l’antique Dibôn, où fut découverte la stèle, fut la capitale de ce royaume de Moab installé sur la rive orientale de la mer Morte.

Une découverte mouvementée

Elle a été découverte sur le tertre du village de Dhiban en Jordanie du Sud, à l’est de la mer Morte. Ses ruines couvrent les pentes de deux monticules adjacents : le premier, situé au sud, est occupé par une citadelle et le village actuel. Le second, très ancien, situé au nord, est entièrement inoccupé.

En août 1868, sur ce second monticule, un cheikh attire l’attention du missionnaire alsacien F. A. Klein, sur un bloc de pierre noire au sommet ovale qui émerge du sol poussiéreux. Sur une face figure une inscription en caractères anciens, ce qui pousse F. A. Klein à en recopier quelques mots et à les envoyer au consul prussien de Jérusalem.

La nouvelle parvient aux oreilles de Charles Clermont-Ganneau 1, éminent orientaliste du consulat de France à Jérusalem. Celui-ci s’arrange pour faire réaliser en octobre 1869 une copie schématique par un émissaire ; ceci permit à C. Clermont-Ganneau de reconnaître l'importance et la date ancienne de la stèle. Il envoya alors un deuxième intermédiaire pour en faire un estampage, en décembre 1869.

Espérant en tirer un profit, les Bédouins font chauffer la pierre à très haute température, puis versent de l’eau très froide, la cassent en de nombreux morceaux et les distribuent aux principaux chefs de leur tribu.

De subtiles négociations permirent à C. Clermont-Ganneau de récupérer les deux principaux fragments ainsi que quelques débris, d'autres parvinrent au grand archéologue britannique, le capitaine Warren et à la société de la Palestine Exploration Fund, ainsi qu'au professeur Schlottmann, de la société orientale germanique (Deutsches Morgenlandisches Geselleschaft). Apprenant que le Louvre avait acquis les morceaux recueillis par C. Clermont-Ganneau, la Palestine Exploration Fund lui fit généreusement don de ses fragments et la fille du professeur Schlottmann offrit le sien en 1891. C. Clermont-Ganneau reconstitue alors partiellement le monument, avec l’aide de l’estampage, et le fait placer au Musée du Louvre à Paris, en 1873.

  • Une stèle de victoire royale

    La forme cintrée, le basalte employé sont caractéristiques des stèles votives élevées dans les pays du Levant depuis l'âge du bronze, d'Ougarit sur le littoral syrien, à Hazor en Galilée. L'absence totale de représentation figurée est en revanche une exception, comme la place majeure donnée au texte. Avec ses trente-quatre lignes 2, c'est « la découverte la plus importante qui avait jamais été faite dans le champ de l'épigraphie orientale », pour reprendre l'exclamation d'Ernest Renan. La glorification du roi et des actions de son règne sont conformes à une littérature traditionnelle de l'idéologie royale dans l'Orient ancien et l'Égypte.

    L'inscription livre la plus ancienne occurrence du mot Israël au Levant et constitue la source documentaire la plus détaillée sur le royaume de Moab et sa rivalité avec le royaume d'Israël à l'époque du roi Omri et de ses successeurs. Elle pourrait correspondre à une campagne menée après celle de la coalition 3 contre Moab, évoquée dans 2 Rois 3,4. Cette interprétation démontrerait que la stèle a bien été érigée après cette campagne et la chute de la dynastie omride (Israël a été anéanti à jamais ! ligne 7) et même après le coup d’État de Jéhu. La stèle livre également le nom du grand dieu de Moab, Kamôsh, dont Mesha se dit le "fils" spirituel.

    Les victoires et les constructions de Mesha concernent surtout les territoires au nord de Moab, proche des frontières nord d’Israël.

  • Traduction du texte

    La stèle se présente aujourd’hui avec des manques importants, probablement disparus à jamais, complétés en partie en plâtre grâce à l’estampage qui en a été effectué avant sa destruction partielle.

    La fin a disparu.

    "Je suis Mesha, fils de Kamôsh, roi de Moab, le Dibônite. Mon père a régné sur Moab pendant trente ans et moi je suis devenu roi après mon père. J’ai fait ce haut lieu pour Kamôsh dans Qarhôh car il m’a sauvé de tous les rois et m’a fait jouir de la vue de tous mes ennemis. Omri avait été roi d’Israël et il avait opprimé Moab pendant longtemps car Kamôsh s’était mis en colère contre son pays. Son fils lui avait succédé, lui aussi : « J’opprimerai Moab ! » de mon temps, il avait parlé ainsi mais j’ai joui de sa vue et de celle de sa dynastie : Israël a été anéanti à jamais ! Or Omri avait pris possession du pays de Madaba et l’avait colonisé de son temps et pendant la moitié du temps de ses fils : quarante ans, mais Kamôsh l’a restitué de mon temps. J’ai rebâti Qiryaten. Les Gadiens avaient habité depuis toujours dans le pays d’Atarot et le roi d’Israël s’était bâti Atarot mais j’ai combattu contre la ville et l’ai prise ; j’en ai tué tous les gens et la ville appartint à Kamôsh et à Moab ; j’en ai rapporté l’autel des holocaustes de leur dieu bien aimé et l’ai traîné devant Kamôsh à Qeriyot. J’y ai installé des gens de Sharon et de Maharot. Kamôsh m’a dit : « Va, prends Neboh sur Israël ! » et je suis allé de nuit. J’ai combattu contre elle depuis le lever de l’aube jusqu’à midi ; je l’ai prise et j’en ai tué tous les habitants, sept mille hommes et garçons, femmes et filles et même les femmes enceintes car je les avais vouées à Ashtar-Kamôsh. Et j’y ai pris les autels des holocaustes de Yahvé (YHWH) et les ai traînés devant Kamôsh. Le roi d’Israël avait bâti Yahats et l’avait colonisée en combattant contre moi mais Kamôsh l’a chassé devant moi. J’ai pris de Moab une troupe de deux cents hommes en tout, je les ai portés contre Yahats et l’ai prise pour l’annexer à Dibôn. C’est moi qui ai bâti Qarhôh, la muraille des parcs et la muraille de la citadelle. C’est moi qui ai bâti ses portes et c’est moi qui ai bâti ses tours. C’est moi qui ai bâti le palais royal et c’est moi qui ai fait les digues du réservoir pour les eaux de l’intérieur de la ville. Il n’y avait pas de citerne à l’intérieur de la ville à Qarhôh, alors j’ai dit à tous les gens : « Faites-vous chacun une citerne dans votre maison ! » Je fis creuser les fossés pour Qarhôh par les prisonniers d’Israël. C’est moi qui ai bâti Aroër et c’est moi qui ai rebâti Bet Bamôt car elle était détruite. C’est moi qui ai rebâti Betser, car c’étaient des ruines avec cinquante hommes de Dibôn car tout Dibôn m’était soumis. C’est moi qui ai régné sur la centaine de villes que j’ai annexées au pays. C’est moi qui ai bâti le temple de Madaba et le temple de Diblaten et le temple de Baalmeôn et j’y ai érigé mes sanctuaires pour sacrifier le petit bétail du pays. Quant aux Hôronen, y habitait… et Kamôsh m’a dit : « Descends, combats contre Hôronen ! » Et je suis descendu et j’ai combattu contre la ville et l’ai prise. Et Kamôsh l’a restituée de mon temps et j’ai remonté de là dix… C’est moi qui…"

    (Traduction A. Lemaire, 1986)

  • Une mention probable de l’expression « maison de David »

    L’expression « maison de David » doit probablement être lue dans la partie inférieure abîmée de la stèle de Mesha 4. En effet, à la fin de la ligne 31, on lit BT[D]WD et, d’après le contexte, cette expression désigne le royaume de Juda qui contrôlait la ville de Horonayim et une partie du territoire situé au sud-est de la mer Morte. L’expression BTDWD signifie que David était le fondateur de la dynastie régnant à Jérusalem, ce qui est tout à fait conforme à la tradition historiographique de la Bible.

    La stèle de Mesha comporte l’une des rares mentions archéologiques du Tétragramme sacré (YHWH).

Copies de la stèle de Mesha par Sélîm al-Qâri. © Musée du Louvre.

1. Charles Clermont-Ganneau (1846-1923), professeur au Collège de France, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

2. La lecture de la dernière ligne suppose l’existence d’une ligne supplémentaire au moins.

3. Le roi d’Israël Yoram, le roi de Juda Josaphat et son vassal édomite.

4. Hypothèse du professeur André Lemaire, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, section des sciences historiques et philologiques.