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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Le fragment du papyrus de l'époque du Premier Temple portant la plus ancienne mention

de Jérusalem en hébreu.

La plus vieille mention en hébreu de Jérusalem retrouvée sur un papyrus de 2 700 ans ?

Le 26 octobre 2016, l’Autorité des antiquités d’Israël (AAI) présentait un papyrus vieux de 2 700 ans mentionnant la ville de Jérusalem. Quels sont les enjeux d’une telle découverte ?

D’où vient ce papyrus ?

Ce papyrus n’a pas été découvert lors de fouilles archéologiques officielles ; son origine est donc incertaine. Il proviendrait de l’une ou l’autre des nombreuses grottes qui jalonnent le désert de Judée sur les rives occidentales de la mer Morte. La région offre un environnement propice à la conservation de ces documents fragiles et a déjà livré près d’un millier de manuscrits antiques copiés sur parchemin ou papyrus. La plupart d’entre eux ont été découverts par des Bédouins locaux qui connaissent ces grottes mieux que quiconque et savent la valeur d’une telle trouvaille sur le marché des antiquités.

Sauf que, cette fois-ci, les autorités israéliennes, ayant appris la mise en vente d’un nouveau papyrus, ont lancé une opération et sont parvenues à confisquer le précieux document.

Le site de Nahal Tzeelim surplombe la mer Morte, dans le désert de Judée.
© Ilan Ben Zion/Times of Israel.

Bénévoles israéliens et étrangers prennent part aux fouilles d’une grotte du canyon de Tzeelim dans le désert de Judée, le 1er juin 2016. © AFP/Menahem Kahana.

Désert du Néguev.

© ilm.free

  • Que contient ce papyrus ?

    Seules trois lignes d’écriture hébraïque ont été conservées sur une bande de papyrus qui, en l’état actuel, mesure 10,9 × 3,2 cm. La déchirure au sommet et la marge inférieure montrent que l’on a affaire à la toute fin de ce document. Michaël Langlois, docteur ès sciences historiques et philologiques, propose la lecture provisoire suivante :

     

    2′ נת.המלך ממערתה.נבלים.יי

    3′ ן.ירשלמה.

    2′… le roi, [en provenance] de sa caverne, deux jarres [contenant] du vi-

    3′ n, à [destination de] Jérusalem.

     

    Les quelques traces de lettres au sommet ne permettent pas de reconstituer la première ligne et encore moins celles qui précédaient. Les deux premières lettres de la deuxième ligne préservent la fin d’un mot dont la restitution est, elle aussi, incertaine. Viennent ensuite la mention du roi puis celle d’un terme que les scientifiques israéliens lisent «de Naarata».

    Michaël Langlois traduirait plutôt « de Vers-Naarat », mais, sur la photographie qu’il a pu consulter, la première lettre pourrait être un M, si bien qu’il propose provisoirement de lire «de sa caverne» ou «de Vers-Maarat», en attendant de pouvoir examiner le fragment lui-même.

    Maarat est une ville judéenne mentionnée dans la Bible (Josué 15,59), mais le même terme signifie «caverne», si bien que les deux traductions sont possibles, la caverne faisant alors office de cave à vin. Le nombre de jarres est incertain : M. Langlois  propose de lire « deux », mais on peut tout aussi bien lire «des».

    Le document s’achève en précisant la destination de ces jarres : Jérusalem. C’est ce dernier mot qui suscite l’attention des médias puisque, nous dit-on, c’est la première fois que la ville sainte apparaît sur un tel papyrus.

  • La mention de Jérusalem

    Selon l’AAI, une datation au carbone 14 situerait le papyrus au VIIe siècle avant J.-C. Les datations basées sur le carbone 14 ou sur la forme des lettres donnent en réalité des résultats peu précis à cette période, si bien que le papyrus pourrait dater du siècle précédent ou des siècles suivants. S’il est rare qu’un document aussi fragile traverse les âges, l’usage du papyrus est confirmé par les centaines de bulles d’argile qui préservent souvent au revers les traces du papyrus jadis scellé. Un autre papyrus, qui pourrait dater de la même époque, avait ainsi été découvert en 1952 dans une grotte du désert de Judée, à Mourabbaat.

    De telles découvertes restent exceptionnelles.

    On comprend dès lors l’intérêt suscité par la mention de Jérusalem sur ce papyrus. Ce n’est pourtant pas la première fois que cette ville apparaît dans l’histoire : on la trouve par exemple sur une inscription hébraïque gravée sur la paroi d’une grotte judéenne à Khirbet Beit Lei, à l’ouest de Hébron. Surtout, elle apparaît dès le XIVe siècle avant J.-C. dans la correspondance entre le pharaon Akhenaton et son vassal à Jérusalem. Elle pourrait même être attestée plusieurs siècles auparavant dans d’autres textes égyptiens. L’existence d’un royaume de Juda est quant à elle bien documentée dès le IXe siècle et ce jusqu’à la prise de sa capitale, Jérusalem, par les Babyloniens vers 587 avant J.-C. D’un point de vue historique et archéologique, il ne fait aucun doute qu’au VIIe siècle Jérusalem était la capitale du royaume de Juda et portait déjà ce nom.

  • Un papyrus mystérieux

    Le sensationnel assorti à la présentation de ce papyrus finirait presque par éclipser les questions que soulève sa lecture. Est-ce le roi de Juda qui fait venir à Jérusalem du vin pris sur ses réserves personnelles ? Est-ce l’un de ses sujets qui lui envoie ce vin, comme cadeau ou comme impôt ? Est-ce un roi voisin qui offre à son homologue judaïte quelques-unes de ses meilleures bouteilles ? Que contenaient les lignes précédentes ? S’il est authentique, ce papyrus n’a pas fini de nous livrer ses secrets !