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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Ci-dessus : de gauche à droite, le papyrologue Bernard Grenfell et l'égyptologue Arthur Hunt, sur leur champ de fouilles. Ci-dessous : en 1897, B. Grenfell et A. Hunt mettent au jour près de 500000 papyri dans une déchetterie. © The Exploration Society. The Imaging Papyri Project, University of Oxford.

Le papyrus est une sorte de papier végétal fragile issu du roseau qui pousse en Égypte et dans certains marécages du Liban.  C’est seulement dans de telles régions arides que ce matériau fragile demeure à peu près intact. Du fait de la fragilité de ce support, aucun de ces précieux manuscrits contenant le Nouveau Testament en entier ne nous est parvenu.

Le papyrus P52 : un fragment de l’Évangile de Jean

Le papyrus P52 ou P. Rylands GK. 457 est un fragment de papyrus conservé à la John Rylands Library de Manchester. Il contient deux passages du chapitre 18 de l'Évangile de Jean et daterait de la première moitié du IIe siècle.

Au début du XXe siècle, deux jeunes anglais, le papyrologue Bernard Pyne Grenfell et l’égyptologue Arthur Surridge Hunt de l’Université d’Oxford fouillaient des tas de gravats antiques dans la région du Fayoum sur le célèbre site d’Oxyrhynque (Oxyrhynchus) à l’ouest du bras principal du Nil lorsqu’ils exhumèrent des centaines, des milliers de très anciens fragments de papyrus parmi lesquels figuraient textes de lois, contrats commerciaux, œuvres littéraires, datant d’entre 250 avant et 700 après J.-C.

La découverte du fragment

En 1935, alors qu’il réalise le tri de ces très anciens papyri pour le compte de la John Rylands Library de Manchester, le professeur Colin H. Roberts de l’Université d’Oxford découvre un fragment de papyrus de la taille d'une paume de la main (environ 9x 6 cm) qui contenait sept lignes d’une centaine de lettres en grec ancien, au recto et au verso. C’était suffisant pour les identifier sans équivoque : des versets de l’Évangile de Jean : Jean 18,31 à 33 au recto et Jean 18,37 et 38 au verso.

Il publie ses premières conclusions en 1936 sous le titre « An Unpublished Fragment of the Fourth Gospel in the John Rylands Library » (Un fragment inédit du quatrième Évangile à la John Rylands Library). Il s’agit ici de l’extrait d’un codex et non d’un rouleau de papyrus, le codex étant devenu le support courant des textes chrétiens dès le IIe siècle. Selon les spécialistes, le codex en question devait être de format carré d’environ 20 centimètres et devait contenir tout l’Évangile de Jean, soit quelques 66 feuillets ou 132 pages environ, au total.

Le texte du P52 reste toutefois trop court pour permettre une comparaison avec des versions complètes et plus tardives du même Évangile.

Mer Méditerranée

Le Caire

Mer Rouge

Alexandrie

Gaza

Aschdod

Joppé

Samarie

Massada

Jérusalem

Hébron

Thèbes

Karnak

Louqsor

Assouan

Éléphantine

Mont

Sinaï

Jéricho

Qumrân

Principaux sites où ont été découvert des papyri

Héliopolis

Ramsès

Oxyrhynque

Mer Morte

Golfe de Suez

El Amarna

El Fayoum

La datation du fragment du papyrus P52 et son importance

Si l’Évangile de Jean était connu dans la vallée du Nil - aux environs de l’année 125 selon certains spécialistes -, alors qu’il a été écrit au Levant, cela démontre que cet Évangile aurait vraisemblablement été composé avant la fin du Ier siècle et diffusé dès la première moitié du IIe siècle. Le P52 apparaît donc comme le second extrait du Nouveau Testament le plus ancien en notre possession (le plus ancien serait un papyrus de l’Évangile de Marc, découvert en 2012 dans le masque d’une momie égyptienne, qui serait daté d’avant l’année 90).

La datation du fragment P52 peut être faite par son étude paléographique et épigraphique, en comparant l’écriture et la forme des lettres à celles de manuscrits dont on connaît la date (en général des lettres ou des documents administratifs ou officiels, les textes littéraires ne portant en général pas de date).

Colin H. Roberts fait la comparaison avec quatre manuscrits datés et d’écriture similaire : un document d’avant la mort de Trajan 1 en 1171 ; une lettre écrite pendant le règne de Domitien 2, une pétition datant de 127 3. C. H. Roberts fait également la comparaison avec deux autres textes littéraires : un fragment de l’Iliade  dont la date est estimée aux environs de 100 4 et le papyrus Egerton daté des environs de 150 dans lequel il trouve la plupart des caractéristiques du P52, bien que de façon moins marquée.

Avec l’ensemble de ces éléments, C. H. Roberts propose comme datation approximative la première moitié du IIe siècle, avis appuyé par les papyrologues Frederic George Kenyon (qui note des ressemblances avec un autre manuscrit, P. Flor I, daté de 153), W. Shubart et H. I. Bell. La même année, A. Deissmann place de façon indépendante, l’écriture du fragment sous le règne de Trajan (98-117) ou d’Hadrien (117-138). En 1936, Ulrich Wilcken confirme cette datation par comparaison avec la collection du papyrus d’Apollonios datée de 113 à 120.

La datation du papyrus p52 au début du IIe siècle, et la précision avec laquelle elle a pu être établie, ont été récemment contestées. En 1989, A. Schmidt, par l’étude de l’écriture a proposé l’an 170 avec une incertitude de 25 ans. En 2005, B. Nongbri de l’Université Yale a critiqué la précision avec laquelle a été datée P52 la paléographie surtout dans le cas des petits fragments, n’étant pas selon lui une science exacte et les caractéristiques de l’écriture de P52 se rencontrant aussi bien sur des papyrus du début du deuxième siècle, que dans des manuscrits ultérieurs, de la fin du deuxième siècle, et même du début du troisième siècle de notre ère. Selon lui, « P52 ne peut pas être utilisé comme élément de preuve pour trancher d’autres débats sur l’existence (ou la non-existence) de l’Évangile de Jean dans la première moitié du deuxième siècle ».

La datation dans la première moitié du IIe siècle reste cependant celle généralement acceptée.

 

1 - Abb 34

2 – P. Fayum 110 (94), P. London 2078, 81-96.

3 - P. Oslo 22.

4 - P. Berol. 6845.

papyrus p52 recto

papyrus P52 verso

Les lettres en couleur sont visibles sur le fragment.

Les lettres en blanc sont reconstituées.

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Sur quoi, Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes  et jugez-le selon votre loi. Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort. C’était afin que s’accomplisse la parole que Jésus avait dite, pour indiquer de quelle mort il devait mourir.

Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et

lui dit : Es-tu le roi des Juifs ?

Jean 18,31-33.

Pilate lui dit : « Tu es donc roi ? » Jésus répondit : «Tu le dis, je suis roi. Si je suis né et si je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité. Toute personne qui est de la vérité écoute ma voix.»  Pilate lui répliqua : « Qu'est-ce que la vérité ? » Sur ces mots, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs et leur dit : « Pour ma part, je ne trouve en lui aucun motif de le condamner.

Jean 18,37-38.

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