Bible

Histoire

Archéologie

Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Ci-dessus : scribe yéménite, au début du XXe siècle,  étudiant un rouleau de la Torah.

Ci-dessus : rouleau de la Torah.

La massore et les massorètes

La massore comprend l’ensemble de toutes les informations concernant le Texte sacré, longtemps conservés par la tradition orale.

Les copies des textes bibliques nous sont parvenues grâce à des copistes dont le métier était de reproduire les Textes sacrés, avec la plus grande exactitude possible.

Dans le Judaïsme, les écoles de scribes remontent au moins à l’époque d'Esdras (Ve siècle avant notre ère). Les spécialistes mentionnent cinq écoles :

- Les Sopherim d’Esdras (Ve - IIe siècle avant notre ère)

- Les Zugoth (IIe - Ier siècle avant notre ère)

- Les Tannaïm (jusqu'au IIIe siècle de notre ère).

- Les Talmudistes (Ier - Ve siècles de notre ère).

- Les Massorètes (Ve - XIe siècles de notre ère) avec deux écoles : l’École de Tibériade (et la famille Ben Asher) et l’École de Babylonie.

Les Massorètes sont des érudits juifs qui ont fixé la lecture de l’alphabet et des textes. Ils ont littéralement «sauvé» l’hébreu et permis que de nos jours, on puisse lire les textes de l’Ancien Testament dans leur langue d’origine. Ils ont inventé les points-voyelles, car jusqu’au Ve siècle de notre ère, le texte hébreu ne comportait que des consonnes. La tradition transmise par les aïeux suffisait à en assurer une lecture normale, mais à mesure que le peuple juif s’assimilait aux nations étrangères, la prononciation phonétique exacte des mots était de plus en plus compromise. Les points-voyelles ne furent définitivement élaboré que vers le IXe siècle de notre ère.

Ils inventèrent aussi un système d’accents et la façon d’unir ou de séparer les mots.

Les méthodes de travail

Pour établir le texte original ils pouvaient utiliser :

 -  La comparaison des manuscrits hébreux, en consultant les passages contenus dans 1 500 à 2 000 manuscrits.

Pour recopier le texte :

 - Ils ont copié le texte avec un soin extraordinaire. Selon certains écrivains l’erreur d’une seule lettre rendait le manuscrit inutilisable.

 -  Ils ont annoté le texte afin de prévenir toute adjonction ou omission. Ils ont compté combien de fois chaque lettre revient dans l’Écriture. Ainsi la lettre aleph revient 42 377 fois, la lettre beth 38 218 fois, etc. Le nombre total de lettres de l’Ancien Testament est de 815 280. Le but de ce calcul était de prévenir l’addition ou l’omission d’une seule lettre. Ils ont trouvé 23 206 versets dans l’Ancien Testament. Ils indiquent la lettre du milieu dans chaque livre ou collection de livres (par exemple pour le Pentateuque, la lettre du milieu se situe dans le mot ventre, Lévitique 11,42). Ils ont aussi compté les versets, mots, lettres, de chaque section.

- Ils ont inventé les points-voyelles, un système d’accents et la façon d’unir ou de séparer les mots (voir plus haut).

Il est à souligner que ce texte annoté est regardé comme profane et ne peut être utilisé dans les synagogues, car on n’y lit que la Bible manuscrite, en forme de rouleaux, comme autrefois, sans aucune voyelle, ni accent. Quoique les rabbins se soient pendant longtemps opposés à l’introduction des signes vocaux dans le texte, la nécessité de fixer la prononciation, pour l’empêcher de se perdre, contraignit les Juifs à rompre avec la tradition ancienne, après que le Talmud eut été terminé.

Voici maintenant un exemple d’une difficulté rencontrée lors d’une traduction :

Dans Josué 9,4, nous lisons dans la version Ostervald :

«Ils (les Gabaonites) se donnèrent pour des ambassadeurs».

La version des Septante lit : «prirent des provisions».

Le changement d’une seule lettre dans le texte hébreu (vaïistaïâdou au lieu de vaïistaïârou) donne ce sens, qui paraît beaucoup plus satisfaisant, car pourquoi les Gabaonites se seraient-ils donnés pour des ambassadeurs puisqu’ils l’étaient en effet et ne pouvaient pas être autre chose ? Le sens des Septante est d’ailleurs appuyé par le verset 12 : « Voici le pain... dont nous avons fait provision ».

Aussi cette traduction a-t-elle été adoptée par Louis Segond.

Les plus anciens manuscrits hébraïques que l’on possède

On découvrit, en 1896, dans la gueniza de la synagogue karaïte Ben Ezra de Fostat du Vieux-Caire, un lot unique de manuscrits (environ 200 000 !) : poèmes liturgiques, écrits privés, mais surtout des milliers de fragments de livres bibliques en hébreu et en araméen ainsi que des traductions en arabe datant pour la plupart entre le VIIIe et XIVe siècles de notre ère.

L’importance de cette découverte concurrence presque celle faite près du site de Khirbet Qumrân, proche de la mer Morte, avec une avance de quelque soixante années.

Ces manuscrits ont été déposés dans de grandes bibliothèques, en Russie (Saint-Pétersbourg), aux États-Unis et surtout en Angleterre (Cambridge, Oxford et Londres).

L’examen de toutes ces pièces se révèle des plus fructueux pour l’histoire de la transmission du texte de l’Écriture. On est désormais à même de reconstituer les étapes de sa vocalisation (de la «massore») : bien des fragments de la gueniza sont les témoins des longs essais de vocalisations babyloniennes ou palestiniennes.