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Des découvertes au Proche-Orient éclairent l'histoire biblique

Un premier scarabée avec des motifs égyptiens comporte une « rosace » à 4 pétales et 4 branches en forme d’uraeus.

Il est daté de Ramsès II, sous la XIXe dynastie.

Un second scarabée égyptien comportant un cartouche de Thoutmôsis III de la XVIIIe dynastie,

mais produit à la fin du XIIIe siècle avant notre ère par Ramsès II.

Une découverte archéologique sans précédent :

l’autel biblique de Josué en Samarie ?

Sur la pente d’une colline de Samarie nommée le mont Ebal, proche de Sichem, le professeur de l’université de Haïfa Adam Zertal découvre en 1982 un étrange assemblage rectangulaire de pierres brutes.

Ses fouilles révèlent de nombreux artefacts qui semblent l’identifier à un ancien autel à sacrifices proto-israélite.

Les caractéristiques du site paraissent même correspondre à un épisode précis de la Première Alliance (l’Ancien Testament) : la construction par Josué d’un autel sur le mont Ebal. Dans un ouvrage destiné à un large public, le découvreur du site relate cette étonnante aventure archéologique et humaine aux fortes implications historiques et religieuses.

  • Un singulier monticule de pierres

    Perdu sur une colline aride de Samarie, un simple tas de cailloux passe inaperçu pendant des millénaires jusqu’à ce qu’il soit fouillé par l’archéologue Adam Zertal, de l’université de Haïfa. Son dégagement montre qu’il recouvre une construction de pierres originale. L’assemblage est constitué d’une plate-forme rectangulaire munie d’une rampe d’accès et entourée de plusieurs murets. Cette disposition ne ressemble à rien de connu.

    Les fouilles révèlent une collection d’objets archéologiques qui déconcertent les archéologues : tessons de poterie, cendres en grandes quantités, ossements de mammifères carbonisés, scarabées égyptiens sculptés et vases enfouis contenant divers objets artisanaux. Leur examen indique que l’ensemble remonte à l’Antiquité, et fournit une datation précise de l’occupation du site, le XIIIe siècle av. J.-C.

  • Une découverte difficile à interpréter

    Plusieurs saisons de fouilles se succèdent entre 1982 et 1989. Un vaste enclos formé d’un long muret de pierres ceinture l’ensemble du secteur. La structure rectangulaire est bâtie en blocs de calcaire non taillés. Autour de cet assemblage central sont disposés d’innombrables petits cercles de pierres, qui délimitent des zones d’enfouissement où des jarres intactes contiennent des bijoux et divers objets métalliques en or et en argent. Tout au fond de l’édifice, une cachette contient une coupe sur pied taillée en pierre ponce et deux marteaux de pierre.

    L’étude des poteries, dont le style indique l’époque de production, est comparée à celle des deux amulettes égyptiennes taillées en forme de scarabées et qui remontent à l’époque de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.). Les âges coïncident et fixent sans ambiguïté la datation au XIIIe siècle avant J.-C.

    Le site ne semble avoir servi que très brièvement, peut-être même lors d’un événement unique.

  • Hypothèse :  un autel biblique élevé par Josué ?

    Pour déterminer la fonction du site, les chercheurs hésitent d’abord à l’assimiler à une tour ou à une ferme. Mais en considérant les ossements brûlés, qui sont ceux d’animaux conformes à la Loi mosaïque, Adam Zertal s’oriente vers la piste d’un vieil autel à sacrifices, en l’occurrence un lieu de culte hébreu. Son âge particulièrement ancien correspond à l’époque de l’apparition des tout premiers Hébreux au Levant.

    Ce n’est qu’en relisant les Écritures que son attention est attirée par un épisode peu connu de la Première Alliance (l’Ancien Testament) : Josué, le successeur de Moïse, aurait effectivement bâti un autel de pierres sur le mont Ebal et offert des sacrifices au dieu des Hébreux, Yahweh (Deutéronome chapitre 11 verset 29, et chapitre 27 versets 4 à 13 ; Josué chapitre 8 versets 30 à 33).

    Cet épisode s’insère dans les récits qui font suite à l’Exode des Hébreux dans le Sinaï sous la conduite de Moïse. Son successeur Josué dirige l’entrée du peuple de Dieu en Canaan et la conquête militaire de la Terre promise. Après la prise de Jéricho, le peuple hébreu se rend au mont Ebal pour y pratiquer ce rite sacrificiel, avant de poursuivre avec succès sa progression dans le pays de Canaan.

    La référence biblique à l’autel de Josué s’accorde particulièrement bien avec les caractéristiques du site. Les cendres et les ossements seraient les traces de l’holocauste. Les pierres de la structure exhumée sont brutes, non taillées, comme le précisent les versets bibliques. La coupe sur pied et les marteaux seraient des ustensiles rituels et des outils utilisés lors de la construction. Les jarres enterrées et remplies d’artefacts seraient des urnes à offrandes déposées par les Israélites.

    Une comparaison est établie entre la structure mise au jour et la documentation disponible sur les autels anciens. Les chercheurs constatent que sa conception est identique à la description d’un autel du Temple de Jérusalem bâti des siècles plus tard, confirmant la nature cultuelle du site.

    Les travaux d’Adam Zertal ne se limitent pas au mont Ebal. De nombreuses prospections archéologiques sont également organisées en Samarie sur les traces supposées des premiers Hébreux. D’autres lieux géographiques mentionnés dans l’Écriture sont identifiés avec vraisemblance. La transmission des modes de vie locaux durant les siècles est étudiée, comme les techniques agricoles ou les pratiques alimentaires. Un scénario original est proposé pour expliquer l’apparition de la nation israélienne dans l’Histoire.

  • Une découverte aux profondes répercussions sociétales

    Ces résultats sont publiés dans la revue américaine Biblical Archaeology Review (BAR) en 1985, puis dans le journal de l’université de Tel-Aviv en 1987. Un ouvrage d’auteur en langue hébraïque, «‘Am nolad» (Naissance d’une nation), est édité en 2000.

    À peine diffusée, l’annonce de la découverte du site du mont Ebal provoque un déluge de protestations dans le monde académique : les conclusions énoncées par Adam Zertal vont à l’encontre de la pensée majoritaire bien établie, d’après laquelle les récits de cette partie de la Première Alliance (l’Ancien Testament) ne sont que de pieuses légendes ou des compositions littéraires tardives. Or, si son interprétation est juste, elle confirme que l’épisode biblique de l’autel est historiquement exact.

    Une particularité rend ce site archéologique tout à fait unique : les vestiges du mont Ebal n’ont de sens que dans le contexte du livre de Josué. Rares sont en effet les découvertes antiques qui illustrent sans équivoque un événement biblique. Le mont Ebal en fait partie.

    Les enjeux soulevés par sa découverte ne sont pas sans incidence dans le contexte des tensions politico-religieuses actuelles. Pourtant le seul objectif d’Adam Zertal est de faire avancer la connaissance historique.

    À une époque où la crédibilité des récits de la Première Alliance (l’Ancien Testament) est souvent mise en doute, sa voix divergente clame que pour une fois les données du terrain s’accordent pleinement avec le récit. De ce point de vue, le site du mont Ebal pourrait trouver sa place dans la culture universelle, au même titre que les Manuscrits de la mer Morte.

  • L’ouvrage

    Publiée en français pour la première fois un an après le décès de l’auteur survenu en novembre 2015, l’histoire de cette aventure scientifique retrace le travail des fouilleurs avec ses péripéties et ses interrogations.

    À la fois vivant, bien documenté et convaincant, ce compte-rendu accorde une large part à l’anecdote, à l’émotion, aux dialogues et à la description des paysages.

    Le livre s’adresse autant au grand public qu’aux connaisseurs de l’histoire biblique et de l’archéologie au Proche-Orient.

    L’ouvrage traduit en français est publié par les Éditions Ministère Multilingue International - Collection Marturéo - Longueuil au Québec, Canada. Il est disponible dans les librairies françaises depuis novembre 2016.